De l’universalithé…

2010
07.09

On ne peut parler de la province du Yunnan sans parler du thé. Il en va de même pour la Chine. De même pour le monde. Les cinq continents connaissent ces feuilles préparées de différentes manières pour être ensuite infusées dans de l’eau chaude. Boisson la plus consommée au monde après l’eau. Feuilles convoitées pour leurs vertus médicinales ou pour créer des moments privilégies de partage.

En Afrique de l’ouest et du nord, le thé est passé et bu en trois étapes, en rajoutant à chacune du sucre, l’adoucissant de plus en plus. Le premier verre sera alors amer comme la mort, le second doux comme la vie et le troisième sucré comme l’amour. En Chine, il est systématiquement servi à l’invité et accompagne tous les repas. M. Tshung à Shangri La prélève un bout de sa « brique » de thé séché et fermenté qu’il infuse rapidement avant de le filtrer puis de le verser dans nos verres. Nous passerons trois bonnes heures à boire ce thé, demandé en tapant du bout des doigts sur la table. Il sera de plus en plus doux, de plus en plus clair. Les 3 premiers verres ont été versés sur un crapaud en pierre qui tient une pièce de monnaie dans sa bouche. Il lui apportera chance et fortune.

Le thé c’est l’histoire de l’Empereur chinois de 2737 avant notre ère assis sous un arbre en train de boire de l’eau chaude. Une feuille de cet arbre tombe alors dans son verre. L’eau s’en retrouve parfumée. La nature a daigné révéler son secret.

Le thé c’est l’histoire de longues caravanes, d’échanges de denrées et de ponts entre les cultures. Depuis Pu’er, nous marchons sur l’ancienne Route des Chevaux et du Thé. Ouverte autour de l’année 600 de notre ère, elle était encore foulée par les pieds des hommes et les sabots de chevaux jusqu’aux années 1960. Le modernisme a eu raison d’elle, une fois la construction des routes reliant la Chine au Tibet achevée. Le thé de Pu’er, prisé par les tibétains, était acheminé sous forme de « briques » à dos d’homme jusqu’aux hauts plateaux tibétains. Près de 4000km de pistes par des cols entre 4000 et 5000m d’altitude et des jungles denses. A force de siècles et de passages, la piste devient route. On raconte qu’un cheval tibétain s’échangeait contre 60kg de thé, tarif fixé par l’Agence du Thé et du Cheval du Sichuan fondée en 1074. Le thé en brique est la monnaie du royaume du Sichuan dès le XIe siècle.

A l’instar de la Route de la Soie qui charriait aussi des épices et des intellectuels, sur la Route des Chevaux et du Thé s’échangeaient du sel, des yaks, des savoirs et des cultures. D’autres routes partaient encore de Pu’er pour colporter ce thé vers le monde entier ; vers Beijing ou vers le Myanmar (et de là vers la Thaïlande, Singapour, la Malaisie et Hongkong), ou encore vers le Vietnam (et de là vers le Tibet et l’Europe).

Des interminables terrasses du sud et du centre du Yunnan, au plateau embrumé du Laos, des collines à perte de vue au Zimbabwe, des richesses coloniales en Inde, de la cérémonie quasi sacrée au Japon, jusqu’à la tablette de M. Tshung à Shangri La, nous prenons toute la mesure du caractère universel du thé.

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One Response to “De l’universalithé…”

  1. VinZ dit :

    « demandé en tapant du bout des doigts sur la table », sous d’autre latitudes on appelle ça « checker » et on nous sert des cartes ! ceci dit si vous voulez m’envoyer un sachet de Thé, n’hésitez plus ! vous avez mon adresse !

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