Une femme une volonté

2010
07.28

Le petit bus pris à Shangri-la quelques heures plus tôt s’arrête finalement devant un grand portail qui dissimule à peine la petite propriété située en contrebas au bord du fleuve Jinsha. S’en échappent des cris d’enfants. Mais en poussant la porte qui n’est pas verrouillée, ce sont d’abord cinq chiens qui se jettent sur nous… pour réclamer des caresses. Nous sommes arrivés à destination : l’école Senjimeiduo fondée en 2006 par Li Bing pour accueillir dans un petit village du Yunnan des enfants en difficulté.

Li Bing est une silhouette furtive qui passe parfois dans un couloir ou dans la cour de l’école mais rares sont les moments où cette femme de volonté peut s’asseoir pour souffler. C’est par bribes que nous glanerons les pièces du puzzle, autour des diners partagés avec tous les enseignants, au cours d’une séance de ménage en commun… Jeune femme peintre originaire de Beijing, elle était une amoureuse de la montagne et une adepte de la méditation –en demeure un crane rasé qui ajoute à son allure longiligne. Cela la conduisait le plus régulièrement possible à de longs séjours à l’Ouest du pays, et notamment dans le Yunnan et le Sichuan : « je m’arrangeais pour peindre deux toiles, vendre quelques articles à des journaux, et je partais marcher ; je ne pouvais pas rester dans un bureau ». Au cours de ces longues randonnées, elle était hébergée ou bien chez des fermiers des hauts plateaux tibétains ou dans des monastères. Elle voyait régulièrement dans les villages des enfants qui avaient des blessures non soignées, des maladies évitables, ses premiers questionnements… Puis il était temps de retrouver Beijing, ses pinceaux, ses amis artistes, ses bars. Lors d’un nouveau séjour dans le Yunnan, elle fut un jour surprise par le petit garçon de 9 ans de sa famille d’accueil qui avait passé une après-midi entière à pleurer. La grand-mère lui expliqua que son petit-fils avait pu être envoyé à l’école en raison du très faible montant d’inscription, mais qu’il n’y avait plus d’argent à la maison pour lui payer des cahiers et des stylos ; aussi, il se retrouvait à ne pas pouvoir prendre en note ses leçons comme ses camarades. C’est la tristesse de ce petit garçon de 9 ans qui a changé la vie de Li Bing. Car une fois rentrée à Beijing, elle ne cesse d’y penser : « la journée, ca allait toujours, j’étais occupée, je voyais mes amis ; mais tous les soirs, lorsque je me retrouvais seule, je me mettais à pleurer en repensant à lui ». Cela dure plusieurs semaines, jusqu’à ce que la jeune femme décide qu’elle doive faire quelque chose. Elle commence à rencontrer des gens, prendre des conseils, lance des démarches. L’idée de monter une école-orphelinat pour les enfants vulnérables des plateaux tibétains progresse. Mais la tache n’est pas sans difficulté, la région est sensible. C’est finalement au cours d’un pèlerinage de 4 mois dans un Monastère de la préfecture de Weixi que le Maitre Lama des lieux écoute son idée, les obstacles rencontrés et lui propose de lui laisser disposer gratuitement d’un terrain de la confrérie situé au bord du fleuve. Li Bing vient de trouver le site pour son école Senjimeiduo : « les Fleurs du Cœur ».

Il faudra encore se lancer dans la bataille administrative avec les autorités chinoises locales pour qu’en Mai 2006, enfin, elle se voit délivrer l’autorisation officielle d’ouvrir son école dans le petit village de Qi Zong. Les débuts sont difficiles, les moyens limités ; cependant, grâce à son réseau de connaissances, Li Bing parvient en quelques années à faire de Senjimeiduo une école de référence tant par son fonctionnement que par la qualité des enseignements dispensés par des volontaires chinois et expatriés de toutes disciplines. Mais ce n’est pas pour autant le temps du repos pour la jeune femme qui continue de remuer ciel et terre pour toujours améliorer la situation de l’école, chercher de nouveaux partenaires, avec les souhaits forts d’inclure l’éducation à l’environnement dans ses programmes éducatifs et de se multiplier en d’autres écoles, pour d’autres enfants. Elle n’arrête pas. Et c’est entre deux portes qu’elle nous confie un jour : « J’étais quelqu’un qui ne tenait pas en place, tous les trois mois, il fallait que je change de ville, que j’aille voir ailleurs » dit-elle en rigolant, elle qui n’a plus quitté l’école depuis sa création, en 2006. « Avant, je croyais vraiment que je n’aimais pas les enfants » poursuit-elle, « ca crie, ca s’agite partout, j’aime le calme ». La jeune femme s’étonne elle-même de ce changement dans sa vie, mais elle est convaincue d’avoir fait le bon choix : « Les enfants voient les enseignants volontaires venir et repartir, d’autres arrivent et partent à leur tour. Un jour, au début du fonctionnement de l’école, ils m’ont demandé ‘est-ce que tu vas nous laisser toi aussi ?’ et je leur avais répondu ‘non’. Mais c’était une réponse rassurante, j’avais parlé sans réfléchir. Aujourd’hui, je sais : je ne les quitterai pas ».

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4 Responses to “Une femme une volonté”

  1. Cyrille dit :

    Au-delà des paysages et des épreuves physiques, votre voyage est riche de rencontres d’âmes exceptionnelles, je pense que ce n’est pas un hasard, à travers vos rencontres c’est vous que nous voyons. Je suis fière de vous connaître.

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  2. Anthony dit :

    Une belle rencontre que cette Grande Dame la… Un Beau et Grand Projet que celui-ci… Espoir et plaisir au Rendez-vous! Bizzz Amigos…

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  3. caspal dit :

    slt willou et amandine je suis avec mr nino et ses deux parents indignes on prend l’apero tranquillement car son pere braillait pour prendre le sien. moi je pense bien a vous avec petit verre de ricard. a bientot sur nantes

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  4. cricri dit :

    Je ne sais pas si c’l^age ou l’écriture mais chaque article qui relate vos rencontres m’emeuve profondément. Tant qu’il existe des hommes de foi cela me touche et me rassure. bises à tous les deux.

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