… Septembre 2010 …
Des collines toutes proches, on voit la ville et ses contrastes qui s’étalent le long de la rivière Tuul-Gol. L’hyper-centre aux bâtiments modernes, aux vitrines des grands couturiers européens, jusqu’à la gigantesque enseigne Coca-Cola voisine des héros d’hier réhabilités aujourd’hui. Accolés à cette débauche de modernisme saturée d’un trafic automobile enfumant et assourdissant, des îlots d’urbanisme hétéroclite semés dans un dédale de ruelles et de pistes plus ou moins contrôlé par le cadastre. Des groupes d’immeubles d’habitation de standings différents, chauffage central et eau courante. Des zones de ger des anciens nomades venus s’installer à la ville. Plus la zone de ger est proche du centre et plus elle sera ancienne. Les plus vieilles datent de plus de 40 ans tandis que les plus récentes ont moins de 10 ans[1]. Les concessions y sont collées les unes aux autres et, à l’intérieur de la palissade en bois, une yourte, et pour les plus fortunés, une maison en dur. Mais la yourte reste privilégiée pendant l’hiver, puisque plus facile à chauffer.

Le kiosque à eau du quartier est situé derrière le temple Gandan. A vide, le porteur met 5 minutes pour s’y rendre. Casquette vissée de travers sur la tête, deux fentes pour les yeux, pommettes saillantes et face ronde, le pantalon dans les bottes qui lui montent jusqu’aux genoux. Au retour, avec les 60 à 100 kilos d’eau chargés sur son diable, il lui faudra plus de 20 minutes pour revenir chez lui. D’autant plus qu’il doit se faufiler entre les voitures et les passants, et rallonger sa route pour éviter descentes et montées de trottoirs. Puis il lui faudra refaire le trajet plusieurs fois pour remplir tous les fûts de la maison. C’est ainsi que dans la zone de ger on se ravitaille en eau[2]. Le réservoir du kiosque est directement branché sur le réseau, ou bien sur un forage ou encore approvisionné par un camion citerne. Les familles les plus aisées emploient des porteurs ou chargent des jerrycans dans le coffre de leur voiture, tandis que les autres y envoient leurs enfants. En la chaude saison, ces allers-retours se font sur une piste sèche et en manches courtes. Aux heures d’ouverture des kiosques on croise dans le quartier les porteurs d’eau qui poussent leur diable – guillerets dans la douceur automnale sous un grand ciel bleu – sur les pistes défoncées. Et ça cause sur le trajet et ça blague en attendant son tour au kiosque. En hiver, par -40°C, on doit y réfléchir à 2 fois avant de faire un aller-retour.
Le litre au kiosque ne coûte qu’1 tögrög[3]. Ce faible prix cause des problèmes de gestion des kiosques et il n’y a pas de contrôles de la qualité de l’eau systématisés. Nous ne sommes pas en pays tropical où la moindre négligence hygiénique et le moindre germe dégénèrent en maladies ravageuses. Les bactéries n’aiment pas le froid. Mais les risques d’infections liées à l’eau et à l’hygiène sont présents. D’autant plus que l’habitude des anciens de boire du thé – soit de l’eau bouillie et donc traitée – se perd. « Les jeunes prennent moins le temps ». Eric Bosc, le responsable de la mission d’Action Contre la Faim (ACF) en Mongolie, nous explique. La plus grande difficulté pour les usagers en terme d’approvisionnement est l’accès (distance, état des pistes) aux points d’eau. Bien que ces anciens nomades soient habitués à rationner leur consommation, les conditions de vie en ville ne leur apportent qu’un maigre confort hydrique. Selon une enquête conduite par ACF auprès de plusieurs foyers en zone de ger[4], une personne consomme en moyenne 10 litres d’eau par jour (boisson, cuisine, douche, lavages et nettoyages)[5]. L’eau de la douche ou de la lessive est réutilisée pour nettoyer le sol de l’habitation. La fréquence des douches est réduite et elles se passent souvent aux bains publics.
Depuis la place Sukhbaatar du centre ville, on voit des plaques de neige qui s’accrochent aux sommets des collines environnantes. L’hiver approche à grands pas. Et devant cette grande blanche inconnue, nous tacherons de répondre à d’autres questions. Comment Ulaanbaatar vit-elle pendant cette rigoureuse saison ? Comment les gens s’approvisionnent-ils en eau et où la stockent-ils ? Est-ce que l’eau des puits gèle par -40°C quand la moindre flaque se glace sur plusieurs centimètres ? Et comment cela se passe dans les campagnes ?


[1] L’effondrement du bloc soviétique, la dégringolade économique qui s’en est suivie, combinés aux extrêmes rigueurs climatiques ont contraint beaucoup d’éleveurs sans bêtes à installer leur yourte en ville. Depuis 1993, la population d’Ulaanbaatar a augmenté de 70%.
[2] Les zones de ger les plus excentrées de la ville ne sont pas toutes desservies par des kiosques à eau. Certains habitants vivent à proximité d’émergences d’eau souterraine (sources) et d’autres doivent marcher sur de longues distances pour se ravitailler.
[3] 10 000 tögrög = 7 euros
[4] Enquête KAP (Knowledge, Attitude and Practice – Connaissance, Attitude et Pratique) 2008, ACF.
[5] A titre d’exemples, un Français consomme en moyenne 240 litres d’eau par jour, un Malien 10 litres et un Américain 600 litres. Mais de grandes disparités sont à souligner au sein même d’Ulaanbaatar, puisque la consommation moyenne journalière d’un habitant vivant dans les appartements du centre ville est de 230 litres.
Tags: eaux et assainissement, la pollution des eaux, le climat en Mongolie, Les ressources en eau, Mongolie, nature et environnement, photo sur l’eau
attention, les chiffres de la consommation sont bien plus monstrueux pour les industriels et les agriculteurs (chez nous, of course) si vous envisager de les éduquer, je suis de la partie; au ffffait, je suis en retraitee maintenant…..
« Take care » comme disent vos amis.
BB
Très bien les jeunes. Vos écrits et vos photos reflètent bien la vie là bas.
Bises
Grâce à vous on découvre des informations inédites et passionnantes. Vous mettez en évidence combien le problème de l’eau est capital. Continuez vos découvertes, mais soyez prudents .On pense à vous. Amitiés
Salut les voyageurs!
Le thème de l’eau reste toujours d’actualité dans cette partie du monde.
Pour info, Dubaï qui n’a aucune ressource d’eau douce produit de l’eau potable par dessalinisation de l’eau de mer, le procédé le plus couteux au monde à l’heure actuelle (osmose inverse).
Leur consommation annuelle est de 1,3 MILLIARDS de Litres/ an.
Pendant ce temps là, le choléra tue sur Haïti….
Manou,
Malheureusement les chiffres relatifs à la consommation de l’eau de par le monde sont exacts. Ils prennent en compte notre consommation en eau dite “domestique”, c’est-à-dire pour la boisson, la douche, la cuisine, la vaisselle, la lessive, la toilette et le lavage (ménage). Il y a effectivement de grandes disparités entre la consommation – et les habitudes – d’un mongol et d’un parisien. Mais les écarts sont également alarmants á l’intérieur d’un même pays, d’une même ville. A Ulaanbaatar, tandis qu’un habitant d’une zone de ger utilise en moyenne 10 litre d’eau par jour, un résident d’appartement est à plus de 200 litres. Et ces inégalités ne sont pas les seules…
Impressionant notre consommation d’eau par jour. Les chiffres sont ils corrects? Il est si facile de tourner un robinet…..nous avons oublié le « trésor eau »! et notre confort de vie que nous trouvons normal…..il est bon de regarder ailleurs…d’ouvrir les yeux.