Recyclage
02.08
recyclage …
Le recyclage désigne le procédé de traitements des déchets permettant de réintroduire des matériaux de leur constitution dans un nouveau cycle de production d’un produit. Les marchés du recyclage sont développés (i) dans les pays du nord produisant des quantités très importantes de déchets qu’il faut retraiter, cette activité étant confiée à des entreprises privées ou publiques souvent soutenues par une volonté politique, mais aussi (ii) dans plusieurs pays émergents qui y ont trouvé une nouvelle « matière première » pour diverses industries.
A l’image des grandes problématiques environnementales du XXIème siècle, le recyclage apparait de plus en plus dans les volontés politiques. Ainsi, nous pouvons voir que les gouvernements occidentaux tendent progressivement à plus de rigueur en ce qui concerne le tri des déchets par leurs citoyens[1], tandis qu’au niveau international les approches 3R (Reuse-Recycle-Reduce) se multiplient. Mais les chiffres de production sont en augmentation constante dépassant nos capacités de traitement.
En France, par exemple, il est reconnu depuis plusieurs décennies que la gestion de nos déchets présente des enjeux majeurs tant au regard de la nécessaire préservation des ressources en matières premières, que de l’impact environnemental et sanitaire de cette gestion. Parmi les objectifs nationaux chiffrés du dernier Grenelle de l’Environnement, nous trouvons « une réduction des ordures ménagères de 7% par habitant dans les cinq années suivantes », et « une quantité de déchets partant en incinération ou en stockage globalement réduite de 15% d’ici à 2012 ». En 2008, les français produisaient 390 kg d’ordures ménagères par an et par personne, ce qui correspond à un doublement des volumes depuis 40 ans.
En Chine, par contre, pas encore de moyens publics pour de telles considérations environnementales, mais une manne économique pour des réseaux de récupérateurs extrêmement étendus qui réalimentent les marches mondiaux de sachets plastiques, vêtements polaires et autre « biens de seconde production » après avoir drainés jusqu’à eux les bouteilles vides et autres déchets plastiques exploitables de plusieurs pays. La Chine reçoit également pour « recyclage »[2] 90% des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), dont 20 à 50 millions de tonnes sont générées chaque année[3], et posant des questions sanitaires et environnementales sérieuses du fait de leurs composants toxiques. Si les travailleurs des entreprises de recyclage de ces produits sont les premiers exposés, la forte concentration de la population dans les villes de Chine et d’Inde démultiplie les risques de contamination à plus grande échelle. Chaque année, un citoyen de l’Union Européenne se débarrasse de 25 kg de DEEE. Les gens se débarrassent de leur ordinateur en moyenne tous les 2 à 4 ans.
…ou récup’ ?
Dans un autre registre, la récupération informelle des déchets consiste à
« trier et extraire manuellement des matériaux recyclables et réutilisables depuis des déchets mélangés, dans les décharges, aux dépôts, et sur les piles de déchets, dans les poubelles, aux points de transfert ou dans des camions de transport »
(définition de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 2004).
A l’exception des réutilisations immédiates (généralement les restes alimentaires), le ramassage est suivi d’une valorisation/transformation de l’ex-déchet et d’une revente. La récup’ entre dans les activités du secteur informel, et elle est souvent considérée comme une occupation dégradante. En conséquence, il est difficile de savoir combien de personnes en dépendent, et selon les estimations, les chiffres de 2 à 6 millions de personnes dans le monde sont avancés. Y sont impliqués hommes et femmes, mais aussi une large proportion d’enfants (souvent au moins la moitié des ramasseurs). On distinguera :
- les éboueurs populaires ou ramasseurs, basés dans des zones non desservies des villes du sud ; ils font en général payer leurs services directement aux habitants et déversent le produit de leur collecte dans des terrains vagues, des cours d’eau ou des points de collecte plus ou moins organisés. Ceux-ci s’adonnent en général à la récupération au fur et à mesure de leur collecte;
- d’autres recycleurs achètent les matériaux sélectionnés directement dans les foyers: bouteilles, papier journaux en quantité, etc. Ils circulent alors dans les rues, avec palanches, charrettes, tricycles à remorque, etc. et sont spécialisés dans quelques produits;
- les récupérateurs travaillant dans les décharges à ciel ouvert travaillent dans des conditions particulièrement insalubres. Les enfants des rues y sont fortement représentés.
Récemment, un courant scientifique porté notamment par le mexicain Martin Medina, a tenté de faire connaitre cette situation, et de mettre en avant l’importance de la récup’ à la fois pour la survie de millions d’individus mais aussi en termes écologiques. Il défend la création de coopératives de récupérateurs (Vietnam, Inde, Colombie, Costa Rica, Mali et autres) qui, recevant des soutiens de municipalités ou d’organisations diverses, cumulent les bénéfices de « création d’emplois, de pauvreté réduite, de matériel fourni à moindre coût aux industries locales, de pollution réduite, de conservation des ressources et de préservation de l’environnement »[4].
Dans l’immédiat, dans les pays de notre itinéraire, la question des déchets nous apparait vaguement au travers de deux problématiques connexes: (1) les gamins de rues, dont le nombre semble en augmentation constante dans les ex-pays de l’URSS aux avis des ONG sur place et (2) le scandale des déchets toxiques stockés ou manipulés sans précautions sanitaires. Ainsi en est-il des DEEE en Chine, mais aussi des déchets radioactifs dispersés dans toute l’Asie Centrale.
[1] Campagnes de l’ADEME en France, rigueur des politiques environnementales de l’Europe du nord-est (Allemagne, Suède, etc.)
[2] En fait, démontage, déchiquetage, récupération, incinération
[3] Programme des Nations Unies pour l’Environnement (2005) « Les déchets électroniques, la face cachée de l’ascension des technologies de l’information et des communications ».
[4] Medina, 2006, The World’ Scavengers
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