Cas de l’Asie Centrale

2010
02.08

D’après « The impending water crisis in Central Asia : an immediate threat » Johannes Linn – Directeur Exécutif du centre de développement Wolfensohn à Brookings – Juin 2008

L’Asie Centrale est une région aride, où ses régions les plus fertiles sont devenues cultivables grâce à de titanesques systèmes d’irrigation. La plupart des eaux viennent des chaines montagneuses du Kirghizstan et du Tadjikistan. Elles arrosent les Kazakhstan, Turkménistan et Ouzbékistan grâce aux rivières de l’Amu Darya et du Syr Darya. Au cours du dernier siècle, les ingénieurs soviétiques ont exploité ces ressources en eau avec un vaste système de barrages et de canaux d’irrigation. D’une part pour supporter la population croissante des pays en aval et d’autre part pour leur production agricole qui elle même supportait l’Union Soviétique. Les barrages produisaient aussi de l’électricité. Or le pic de demande en électricité est pendant les mois d’hiver, alors qu’à la même saison l’eau devrait être stockée en prévision de l’irrigation intensive des mois d’été. Ainsi, pendant l’ère soviétique, les pays en aval fournissaient aux pays en amont le gaz et charbon pendant l’hiver afin qu’ils puissent produire chaleur et énergie sans utiliser l’eau stockée.

Avec l’effondrement du bloc soviétique, les accords sur l’eau et l’énergie entre les républiques soviétiques de l’Asie Centrale ont été brisés et les infrastructures régionales d’approvisionnement en eau et électricité ont grandement souffert d’un manque de maintenance. Avec la sur-utilisation de l’eau et sa piteuse gestion, les rendements agricoles ont stagné voire chuté, et brutalement le niveau d’eau de la mer d’Aral s’est mis à chuter. Ainsi les provinces autour de la mer d’Aral, en particulier le Karakalpakstan, une région de l’Ouzbékistan, souffrent d’une pauvreté grandissante. Alors que les pays de l’ancienne URSS avaient évité des conflits ouverts et des hostilités militaires autour des ressources en eau, leurs relations ont été éprouvées, plus particulièrement entre les Tadjikistan et Kirghizstan d’un côté et l’Ouzbékistan de l’autre. Avec les bouleversements climatiques, ces tensions pourraient se détériorer en une crise humanitaire, économique et politique majeure. En 2000 – 2001, la sécheresse a non seulement affecté les républiques d’Asie Centrale mais aussi l’Afghanistan, l’Iran, le Pakistan et la Mongolie, avec des effets dramatiques sur la production agricole de la région. Au fil des années, jusqu’à nos jours, les étés sont de plus en plus chauds et secs, et les hivers de plus en plus froids. Et secs.

En plus des épreuves que subissent les populations et des pertes économiques que causent le manque d’eau en été et le manque d’électricité en hiver, cette crise a tout ce qu’il faut pour résulter en conflits ouverts transfrontaliers, entre communautés et états.

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