Biodiversite
03.02
« Biodiversité : variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes. » Article.2 de la Convention sur la diversité biologique, 1992
De cette expression mise en avant lors de la Conférence de Rio de Janeiro de 1992, il semble que tous les gouvernements du monde se soient aujourd’hui emparés. Et les grandes institutions internationales sont présentes pour les aider à rédiger leurs incontournables « Plan National d’Action Stratégique pour la Biodiversité », considérée désormais comme ressource majeure du développement durable. Parmi les Objectifs de Développement du Millénaire, on notera la « cible 7B: Réduire la perte de la biodiversité et atteindre, d’ici à 2010, une baisse significative du taux de baisse”.
Pourtant, les prévisions scientifiques en matière d’extinction d’espèces sont des plus noires. N’estime-t-on pas aujourd’hui que 40 espèces animales disparaissent chaque jour ? Que 20% des espèces végétales recensées dans le monde sont menacées de disparition ? Qu’une surface forestière grande comme le Royaume-Uni est détruite chaque année ?
La Biodiversité: combien?
Entre un rythme d’extinction qui s’accélère, et une fréquence des découvertes en diminution exponentielle, les chiffres de la biodiversité restent des estimations largement dépendantes du choix d’indicateurs. En gros, nous noterons qu’insectes et végétaux tiennent le haut du pavé en nombre d’espèces déjà décrites et restant à déterminer, tandis que les vertébrés qui constituent le groupe le plus visible sont aussi les mieux connus à l’heure d’aujourd’hui (cf. tableau ci-dessous).
| Tableau. Estimation du nombre d’espèces des principaux groupes taxinomiques[1] | ||||||
| Groupe | Espèces déjà décrites | Espèces à décrire | ||||
| estimation la plus haute[] | estimation probable | |||||
| Virus | 5 000 | 500 000 | 500 000 | |||
| Bactéries | 4 000 | 3 000 000 | 400 000 | |||
| Champignons | 70 000 | 1 500 000 | 1 000 000 | |||
| Protozoaires | 40 000 | 100 000 | 200 000 | |||
| Végétaux | 250 000 | 500 000 | 300 000 | |||
| Vertébrés | 45 000 | 50 000 | 50 000 | |||
| Nématodes | 15 000 | 1 000 000 | 500 000 | |||
| Mollusques | 70 000 | 200 000 | 180 000 | |||
| Crustacés | 40 000 | 150 000 | 150 000 | |||
| Arachnides | 75 000 | 1 000 000 | 750 000 | |||
| Insectes | 950 000 | 100 000 000 | 8 000 000 | |||
Si des débats demeurent quant au degré de gravité du phénomène : peut-on parler d’ « extinction massive » ?, il n’y a pas aujourd’hui de remise en cause du déclin du nombre et de l’abondance des espèces vivantes sur notre planète. En 2006, l’IUCN estimait qu’1 mammifère sur 4, 1 oiseau sur 8 et 1 amphibien sur 3 étaient menacés de disparition.
Classiquement, on situe les hot-spots de biodiversité plutôt dans des régions tropicales humides, les forêts équatoriales de l’Amazonie et du bassin du Congo faisant régulièrement l’objet de missions scientifiques. Ensuite se distinguent des zones de fort endémisme, telles que les Galápagos, Madagascar (où se trouvent les lémuriens en exclusivité). Et partout se dissimulent des richesses biologiques, tel que rappelé très récemment par le WWF qui écrit qu’en 10 ans, 1 068 nouvelles espèces ont été découvertes dans le grand bassin du Mékong, soit 2 nouvelles espèces par semaine en moyenne[2] . Les personnes curieuses pourront découvrir les nombre d’espèces disparues et découvertes depuis le 1er Janvier de l’année en cours sur le site du Planetoscope: http://www.planetoscope.com/biodiversite
La Biodiversité : qui fait quoi?
L’ « Evaluation des écosystèmes pour le Millénaire » commandée par le président des Nations Unies M. Koffi Annam, en 2000, auprès de 1360 experts du monde entier, jugeait particulièrement grave :
- l’effondrement, ou la quasi-disparition de nombreux stocks de pêche ;
- le changement climatique global ;
- la pollution par les engrais et l’érosion ;
- la vulnérabilité de 2 milliards d’humains face à la perte des services écologiques associée à l’érosion de la biodiversité.
Face à l’urgence de la situation, le PNUE a annoncé en Novembre 2008 la création d’un groupe intergouvernemental d’experts sur la biodiversité, sur le modèle du CICC s’occupant du climat.
La Convention sur la Diversité Biologique (CBD) issue du sommet de Rio de 1992 regroupe de nos jours 187 pays signataires. Ses principaux objectifs sont la protection de la biodiversité, la sauvegarde du patrimoine génétique, l’exploitation durable des ressources naturelles et la répartition juste et équitable des profits engendrés par leur utilisation. Parmi les grands textes internationaux sur la Biodiversité, nous trouvons également la Convention Internationale sur le Trafic des Espèces Menacées (CITES) et la célèbre Liste Rouge des espèces menacées de l’IUCN (créée des 1963). Cette-dernière demeure aujourd’hui le principal outil d’alerte du public et des dirigeants sur les menaces pesant sur la faune et la flore mondiales. Les espèces y sont classées en 9 catégories : (1) espèce disparue, (2) espèce disparue de la nature et ne survivant qu’en captivité, (3) espèce en danger critique d’extinction, (4) espèce en danger, (5) espèce vulnérable, (6) espèce quasi-menacée, (7) espèce de préoccupation mineure, (8) données insuffisantes, (9) espèce non évaluée.
Par ailleurs, des ONG et organisations internationales reconnues ont fait de la préservation de la biodiversité leur champ de bataille : World Wide Fund for Nature (WWF), International Union for the Conservation of Nature (IUCN), World Conservation Society (WCS), etc. tandis que des organisations à champs d’intervention plus large peuvent ponctuellement conduire des projets dans le même sens (par exemple, l’évaluation de la biodiversité en Ouzbékistan conduite en 2001 par l’ONG américaine USAID).
Ensuite, des associations de toute envergure -pouvant s’appuyer sur des réseaux plus ou moins larges de naturalistes- se montrent très actives sur le terrain, telles la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) en France, Habitat Ecologique et Liberté des Primates (HELP) au Congo-Brazzaville, Elefantasia au Laos, etc.
Faisons remarquer que, si la biodiversité est souvent assimilée à des espèces emblématiques et à des zones protégées, l’agro-biodiversité a tout autant sa place dans les préoccupations d’aujourd’hui que sa sœur « sauvage ». Ainsi ne connait-on plus aujourd’hui sur les étals des aliments régulièrement consommés qu’un nombre limité de variétés formatées, alors qu’il peut en exister à l’ origine des centaines (cas de la pomme). Et loin des supermarchés, dans des pays où une majorité de la population est encore paysanne, les « produits forestiers non-ligneux » constituent une pierre angulaire de la sécurité alimentaire des familles. Légumes sauvages rentrant dans la diète quotidienne, plantes médicinales ou encore espèces sauvages commercialisables sont par leur diversité et leur gratuité le seul filet de sécurité de milliers de communautés.
En Asie Centrale, au Carrefour du West Tien Shan, entre Kazakhstan, Kirghizistan et Ouzbékistan, est envisagée la création d’un parc naturel transfrontalier pour préserver cette zone occidentale de la chaine de l’Himalaya et ses 3000 espèces de flore et de faune. Au-delà d’espèces emblématiques comme la panthère des neiges et le vautour griffon de l’Himalaya, c’est une grande variété d’écosystèmes qui est abritée dans ce territoire, de zones subtropicales aux toundras et glaciers. Des initiatives telles que celle-ci ou que celle d’une grande muraille verte de 4480km pour freiner l’extension du désert du Gobi en Mongolie sont importantes au-delà de la préservation des espèces elles-mêmes pour leurs résonnances sociale, humaine, économique.
» Il faut absolument être convaincu de cela : sauvegarder la biodiversité de la planète, ce n’est pas un coût, ce n’est pas un luxe de pays riche, c’est au contraire une richesse pour l’avenir, le garant d’un futur vivable. » Jean Claude Lefeuvre, président de l’Institut Français de la Biodiversité. Discours de clôture, Actes des 3èmes journées de l’IFB, La Rochelle décembre 2005
» L’homme doit seulement découvrir qu’il est solidaire de tout le reste. » Théodore Monod, dans : » Révérence à la vie « , Conversations avec Jean-Philippe de Tonnac chez Grasset – 1999
» L’homme se définit non par ce qu’il crée, mais par ce qu’il choisit de ne pas détruire. » Edward O Wilson, de l’Université de Harvard, lors de la conférence internationale » Biodiversité, Science et Gouvernance » (janvier 2005)
[1] D’après le World Conservation Monitoring Center, 1992.
[2] WWF, 2009. “First contact in the Greater Mekong”