De l’Image et du Vide
… du 02 au 13 Aout 2010, Chengdu …
Cela ressemblerait à une comptine pour nos enfants:
Sur les façades des banques, je t’ai vu
Sur les capots des taxis, je t’ai vu
Sur les paquets de cigarettes, je t’ai vu
Sur les briques de lait, je t’ai vu
—Dans la forêt ? — L’existe plus !
Tout comme l’éléphant au Laos, le panda géant (Ailuropoda melanoleuca ) avait en Chine le look idéal pour conquérir les sphères de la pub’ et de la com’ en perpétuelle recherche d’images. Ainsi le voit-on aujourd’hui partout en ville, des façades de banques aux briques de produits laitiers. Sa silhouette est souvent associée au message « Protégez votre environnement » et toujours sous-entendue de slogans de défense de cette espèce parmi d’autres. Mais qu’en est-t-il, de la situation du panda, en ce début de XXIème siècle ?…
Cet animal reconnaissable entre tous et dont le World Wildlife Fund (WWF) a fait son célébrissime emblème n’a été scientifiquement décrit qu’à la fin du XIXème siècle, par le missionnaire et naturaliste français Père Armand David. Espèce endémique de la Chine, le panda géant contredit les règles communes de l’évolution en présentant un régime herbivore, se nourrissant presque exclusivement de bambou qui présente un apport faible en protéines pour un si gros animal. Ainsi, il passe
environ 14 heures par jour à se nourrir de 12 à 38 kg de feuilles, tiges et jeunes pousses pour s’assurer un apport calorique suffisant. Dans son adaptabilité à une telle alimentation, il a développé un sixième doigt opposable pour peler les tiges de bambou (le pouce du panda !) et n’hiberne pas, contrairement aux six autres espèces d’ours du monde. Il se cache dans la végétation luxuriante des montagnes aux
climats doux et humides du sud-ouest chinois, entre 1,600 et 3,500 mètres d’altitude. Son pelage unique, sa non-agressivité et sa dépendance au milieu forestier (un mâle occupe un territoire d’environ 30 km²) ont accéléré le déclin de sa population tout au long du XXème siècle.
Devant l’intérêt international soulevé dans les récentes décennies par cet
animal, le gouvernement chinois a entreprit un vaste programme de reproduction notamment dans son centre d’élevage de Chengdu, au Sichuan. Il a également établit plusieurs réserves dans les quelques montagnes où survivent à ce jour entre 1,000 et 2,000 individus sauvages, tandis qu’un Sanctuaire du Grand Panda était reconnu Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2006. Ces dernières mesures vont en théorie dans le sens des partisans de la conservation in situ[1].
Cependant, les organisations environnementalistes estiment que l’habitat de ce géant continue d’être morcelé pour répondre aux intérêts économiques. Et si l’élevage en captivité du panda rencontre un succès certain de nos jours (6 naissances de bébés pandas dans les centres chinois pour le seul mois d’Aout 2010), l’IUCN estime qu’apparait désormais un problème de surconcentration des individus dans les centres de reproduction faute de sites de relâcher potentiels.
Les sceptiques ajouteront que derrière ces succès revendiqués sur le plan de
la biodiversité, la réussite des centres de reproductions tiendrait avant tout à leur ouverture aux visiteurs drainant des masses de chinois et de touristes qui assurent un commerce florissant autour de cet animal fétiche. Et de rayonner dans tous les domaines économiques nationaux saturés de logos à son image. Pointe alors la crainte que l’engouement populaire pour le sort du panda se réduise largement à de jolis nounours noir et blanc mis en cage pour séduire les foules. Prisonniers durables ?
[1] En effet, ceux-ci réfutent l’utilité de la conservation ex situ, c’est-à-dire de tels programmes de reproduction en captivité, en soutenant qu’une espèce seule ne présente pas d’intérêt écologique ni de viabilité et que ce sont les écosystèmes dans leur ensemble qu’il faut s’attacher à préserver.
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Hélas, de nos jours, y’a plus de Fiat que de Panda !