…du 13 au 25 Juillet 2010…
Une soixante d’enfants de 5 à 16 ans. Six classes et une dizaine d’enseignants pour apprendre aux enfants le chinois (mandarin), le tibétain, l’anglais, les mathématiques, la musique, le dessin, la peinture ainsi que les règles d’hygiène de base. « Beaucoup d’enfants viennent de villages de montagne isolés où l’on ne prend qu’une douche par semaine et où l’on ne change que très rarement de vêtements. Ici, dans la vallée au climat moins sec, ils doivent changer leurs habitudes pour éviter, par exemple, les maladies de peau. C’est un véritable calvaire. Les premiers temps, les enfants se couchaient sans enlever leurs chaussures. » Bienvenu à l’école « Senjimeiduo », qui signifie en tibétain « Les fleurs du cœur ». Montée et enregistrée il y a plus de 4 ans au Ministère de l’Education Chinois par la dynamique Libing, c’est une école-orphelinat privée pour les enfants vulnérables.
Pour la plupart tibétains, quelques uns Naxi, ils proviennent essentiellement
des provinces voisines du Sichuan, du Gansu jusqu’au Tibet. Enfants orphelins, handicapés ou aux parents sans ressources, ils n’ont pas accès à une scolarité classique. Ils intègrent alors l’école, quel que soit leur âge, et y vivent toute l’année. Dortoirs, bibliothèque, terrain de jeu et – grandissant – jardin potager, ils s’approprient le lieu et participent activement à toutes les taches ménagères et agricoles. Deux semaines pendant l’hiver seront les vacances de l’année.
Ceux qui ont des parents à visiter profitent alors de l’occasion. Au delà de dispenser une scolarité de base et une éducation à l’hygiène et la santé, cette école défend la culture tibétaine. Plutôt que de donner exclusivement des cours de chinois, les enfants apprennent également le tibétain, et régulièrement, des artistes viennent leur donner des cours de musique, de chant et de peinture.
Nous avons découvert par hasard cette école sur une brochure dans
l’auberge où nous logions à Shangri-la. Nous nous comprenons que difficilement avec Monsieur Tshung, le propriétaire, qui parle aussi bien l’anglais que nous le mandarin. Mais sa présence est chaleureuse et sa cérémonie du thé hautement sociale. Et dès qu’un touriste chinois dépose ses valises chez lui et s’avère être anglophone, M. Tshung lui saute dessus pour que nous puissions échanger quelques mots. C’est ainsi qu’un jeune étudiant en vacances nous lit
la brochure sur Senjimeiduo écrite en chinois et appelle aussitôt Libing pour lui parler de nos Histoires Recyclables. Le contact est fait. En une semaine, nous préparons nos ateliers qui s’étaleront sur 2 semaines et s’adresseront aux 5 classes. Nous échangeons encore quelques e-mails avec Libing, elle valide notre projet pédagogique et nous dégotons un mini-van qui nous conduira à Qizong.
Sur place, la libraire nous accueille et nous introduit auprès de Libing. En coup de vent, elle nous remercie d’être là et compte sur nous pour une meilleure gestion des déchets dans l’école. Quelques instructions données à notre guide et elle disparait dans son bureau. Secrètement nous nous rappelons les paroles de Wende Gomba du Shangri-la Institute : « Les enfants ne sont pas des récipients vides qu’il suffit de remplir ». Nous rencontrons Yu Feng et Sam, professeurs d’anglais volontaires qui nous serviront d’interprètes – et même plus – pendant la durée de notre séjour. Et très vite, nous prenons le rythme de l’école. C’est l’internat, la cloche règle nos pendules et le sifflet du « life teacher » (équivalent d’un pion doublé d’un professeur de sport dopé aux amphétamines) bouscule nos réveils difficiles.
Ici, tous les enseignants débutent comme volontaires. Logés et nourris, ils ne perçoivent un salaire qu’au bout de six mois. Et des volontaires, l’école en accueille régulièrement. Chinois ou étrangers, des professeurs ou étudiants en vacances, une ancienne traductrice médicale, un artiste tibétain, de passages ou bien qui s’établissent sur place, ou encore des porteurs de projet comme nous.
Une fois leur cycle scolaire terminé, Senjimeiduo espère que les enfants,
devenus grands, resteront dans l’école pour devenir à leurs tours enseignants. Ou pourquoi pas, qu’ils interviennent dans des villages isolés auprès d’enfants qui, comme eux, ne sont pas nés sous la bonne étoile. Et puis Libing a de la suite dans les idées et n’est pas sans ressources. Elle veut agrandir l’école pour que les étudiants développent des savoir-faire. Des nouveaux bâtiments pour l’apprentissage de la peinture Thangka, des médecines tibétaine et occidentale (pour, là aussi, envoyer les nouveaux diplômés dans les
campagnes reculées) et du métier de traducteur débouchant aux métiers du tourisme. Plus loin, en amont de la rivière Jinsha, une autre école est en construction sur le terrain gracieusement offert par un monastère lamaïque. Dans la zone plus de 2000 enfants n’ont jamais mis les pieds dans une école et beaucoup souffrent de problèmes de santé et d’un avenir incertain. Là encore, Libing veut y établir un docteur en médecine tibétaine et un moine expert en Thangka, qui y
transmettraient leur savoir. Puis d’ici la fin de l’année, Libing compte avoir suffisamment de fonds pour mettre en place dans cette région isolée des écoles mobiles pour y faire de « l’assistance éducative ». Des enseignants et docteurs, sous tentes, sillonnent la zone, s’établissant à chaque station pendant 3 mois. « Je voudrais faire ça dans tout le Tibet ! » nous dit-elle en souriant.
Dès le lendemain, nous attaquons. La qualité de l’eau, son cycle, sa fragilité,
la chaine alimentaire, le temps de dégradation des déchets, les « 3 R » Réduire, Réutiliser, Recycler, animations, jeux, sorties dans le jardin et grande journée de nettoyage de l’école jusqu’à installer avec les enfants des poubelles étiquetées « papier », « plastique », « verre »… Encore Wende Gomba qui nous revient en tête, commentant ses journées de l’assainissement: « C’est la seule chose qui marche. En parler et attendre que quelque chose se passe aurait été sans résultats.
C’était extrêmement sale. Nous étions tous couverts d’une boue noire et odorante jusqu’aux genoux. Les gens de la ville ne s’intéressent pas du tout à ce type d’action. Ils pensent que c’est inutile. Mais après cette grosse journée, j’ai l’impression que les riverains font plus attention. »
Et Libing qui a remué ciel et terre pour que cette école existe, et qui se bat encore pour que ces enfants oubliés aient un avenir. Et que cette seconde chance qui leur est donnée puisse donner espoir et avenir à d’autres. Nouvelle recette d’énergie, de foi et d’espérance.
Enseignants, animateurs, militants, sachez qu’il y a des écoles sur le plateau tibétain qui accueillent à bras ouverts porteurs de projet et d’énergie.
Tags: école et éducation, Jeux éducatifs pour enfants, la Chine, l’environnement à l’école, orphelinat, solidarité, tibet, yunnan



ahhh, excellent … On rentre dans le vif du sujet !!!
Ben continuez bien, je vous souhaite de rencontrer encore de nombreux Wende Gomba et Libing sur votre route, et racontez nous tout ca
seb (oh ! j’ai 33 ans aujourd’hui ! je suis vieux … )
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