Le Jardin de l’Eau Vivante

2010
08.27

… à Chengdu, le 10 Aout 2010…

Dans la « petite » ville chinoise de Chengdu, ses 9 millions d’habitants ont vu les quartiers riverains des rivières changer en peu de temps. Les autorités du pays ont voté à la fin des années 90 un plan quinquennal visant à dépolluer les rivières passant par Chengdu, le « Projet de Revitalisation Complète des rivières Fu et Nan de Chengdu ». Rien que ça. Une fois qu’une décision est prise, la Chine met tous les moyens nécessaires en œuvre pour la conduire jusqu’au bout. Quelle que soit la décision, quels que soient les moyens. Des usines sont détruites et relocalisées, des quartiers complètement rasés pour être reconstruits différemment ou ailleurs… Et en amont des rivières, les campagnes n’y échappent pas.  L’utilisation de pesticides et autres produits chimiques ne va pas dans le même sens que le Plan, il faut passer à une autre agriculture. C’est ainsi que pendant cette période, beaucoup d’associations écologiques et de sensibilisation à l’environnement sont nées. Ces associations ont pu alors profiter du Plan pour lancer des projets de grande envergure, félicités et soutenus par les autorités et qui courent encore aujourd’hui. Tel en est il de CURA et du village An-Long, modèle d’une agriculture biologique et cohérente. Et tel en est il du projet du Jardin de l’Eau Vivante où on peut échapper un temps à la moiteur de Chengdu.

Tous les jours, près de 200 m3 d’eau de la rivière passent par ce parc pour arroser une centaine d’espèces de plantes différentes, au milieu desquelles vit toute une faune aquatique riche et complexe. Toute cette eau et cette verdure décorent 2,4 ha de jardins, bassins agencés artistiquement et utilement. Parce que ces 200 m3 journaliers d’eau sont aussi épurés par des procédés naturels avant de revenir à la rivière d’où ils avaient été prélevés.

Betsy Damon fonda en Chine l’association « Keepers of the Waters », les « Gardiens des Eaux ». Cette artiste américaine décida il y a plus de 10 ans de tourner ses démarches artistiques vers l’eau et l’action publique. Après de longues négociations propres à l’Empire du Milieu, la gardienne des eaux assistée du ministère approprié, d’une architecte paysagiste, de plusieurs scientifiques et d’une multitude de jardiniers, parviennent à réaliser le parc qui redonne vie à l’eau morte.

Ce grand parc, dessiné en forme de poisson – symbole de la régénération dans la culture chinoise – est une station de phytoépuration, un lieu de promenade et de méditation, un centre d’éducation à l’environnement mais aussi une œuvre artistique.

Le fonctionnement du jardin est le même que celui de l’épuration par lagunage. L’eau est pompée dans la rivière et passe par un 1er bassin où les graisses et huiles flottent à la surface tandis que les particules les plus lourdes tombent au fond (décantation). La matière qui s’y accumule fermente et est digérée par des bactéries anaérobies (qui n’ont pas besoin d’oxygène) et les gaz ainsi produits « bullent ». L’eau épurée s’écoule en cascades à travers une série de petits bassins en forme de gouttes d’eau géantes jusqu’à une marre. Les cascades oxygènent l’eau naturellement, la rendant vivable notamment pour des bactéries qui décomposent la matière organique. Ensuite cette eau ira se reposer pendant plusieurs jours dans des marres artificielles recouvertes de lentilles. Celles-ci fixent des composés toxiques et les bactéries poursuivent leur repas. Enfin, l’eau séjourne dans d’autres bassins en terrasses, riches de plantes aquatiques microscopiques et macroscopiques ainsi que de toute une faune. Cet écosystème fixe et consomme les résidus de pollution, les plantes logent dans leurs racines d’autres bactéries affamées qui rejettent des matières qui nourrissent encore d’autres espèces qui elles-mêmes alimentent telles autres…  Le résultat est superbe de verdure et de diversité. Les promeneurs flânent entre les roseaux et les jacinthes, et les minots chassent leur épuisette à la main. Des panneaux d’explication et de sensibilisation jalonnent le parcours. Au centre du parc un petit amphithéâtre accueille les joueurs de cartes et de mah-jong. Un orchestre à corde et une cantatrice du dimanche se désaccordent sur fond de cigales enivrées par le soleil. Celui-ci d’ailleurs participe activement à l’épuration puisqu’il évapore les eaux qui seront rendues plus tard, en suivant le grand cycle, sous forme de pluies. Enfin, les eaux passent par une dernière cascade pour un nouveau plein d’oxygène avant de retourner à la rivière où les attendent un avenir semé d’embuches.



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