… du 29 Aout au 07 Septembre 2010 …

Le Baïkal joue à cache-cache avec nous. De la vitre du marchroutki, nous l’apercevons par bribes à travers les forêts de sapins et de bouleaux et entre deux montagnes. Et soudain, en haut d’une côte, devant nous, le paysage n’est que bleu profond. Le ciel est immensément bleu, pas un seul nuage ne vient le tacher. Et en-deçà d’une limite que notre œil a du mal à dessiner, la mer de Sibérie, toute aussi bleue. Dans notre tête affluent nos souvenirs de lectures. Les chiffres défilent. 636 km de long et 48 km de large. Le lac le plus profond au monde avec un record de 1,680 m. 21,400 km3 d’eau douce, soit 20% du volume mondial d’eau douce de surface. Le Baïkal qui à lui tout seul avec ses 31,500 km2 adoucit le rude climat de la Sibérie. Un été à 13°C contre 19° à l’intérieur des terres. L’hiver à -15°C contre -26°C. C’est le Galápagos de la Sibérie avec des centaines d’espèces végétales et animales endémiques.
A écouter : sur une plage du Baïkal
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Dans quelques grandes villes autour du lac, on manifeste contre la réouverture d’une usine à papier, déclarée polluante et fermée en 2008. Tout comme les Trois Rivières Parallèles du plateau tibétain* sur lesquelles les Chinois multiplient les barrages, on se demande en quoi la classification en Patrimoine Mondial de l’UNESCO protège les eaux et faunes et flores du Baïkal.
Et elle, la Sibérie, terre immense au-delà de l’Oural jusqu’aux crabes géants du Kamtchatka et au détroit de Béring ; terre de chimères, de fantasmes, de légendes, de chamanisme et de folie. Le temps des exils, forcés puis volontaires, le temps des conquêtes de l’eldorado soviétique, le temps des projets scientifiques mégalomanes. On y envoie les prisonniers dans des camps qui fournissent de la main d’œuvre pour poser des rails ou farfouiller le sous-sol. Tandis que les géologues piétinent la terre des ours et des esprits des bois. On parle d’y inverser le cours des fleuves pour arroser l’Asie Centrale et de se servir de la chaleur des volcans pour dégeler la terre. Les romantiques épris d’aventure iront s’y inspirer pour leur prochain roman. Çà et là sur la steppe glaciale, les « petits peuples » de la Russie respectent morses et baleines avant que l’école et la vodka ne leur fassent perdre leurs repères.

Pour retrouver l’humilité, il faut s’approcher des rives du lac Baïkal. Pour se reposer du long voyage qui nous a conduit ici, nous prenons le ferry jusqu’à l’ile d’Olkhon. Quelques mois plus tard, le trajet de l’ile au continent se fera par voiture, sur l’épaisse couche de glace (de 50 à 70 cm) qui ne fondra qu’aux mois de Mai Juin. L’eau est là, tout autour de nous, comme nous le rappellent les goélands. Le terrain est accidenté, la piste cahote à travers des collines incultivables, jaunes de leurs herbes sèches, et à l’intérieur des terres, nous voyons de grandes forêts de sapins.

Loin du tumulte de la ville et des polémiques des tabloïds, il y a le village de Khoujir, sur la rive ouest d’Olkhon. En se promenant sur l’ile, on remarque les zalaa noués autour de quelques sapins et accrochés sur des rochers. Quelques pierres peintes et des gros troncs de bois fichés dans le sol tout autant décorés. La région est riche d’énergies chamaniques. Des ponts entre les mondes ordinaire et extraordinaire ont été érigés.

Mais le commun des hommes n’en est pas là. Au cours des promenades, on marche avec tristesse sur un sol souillé de bouteilles de verre et de plastique abandonnées près d’anciens feux de camps. Sur l’ile il n’y a aucune association de sensibilisation à l’environnement et on ne sait qui de l’administration ou du parc naturel fait le moins pour le ramassage et la gestion des déchets. Face à l’immobilisme ambiant, Natacha et Nikita Bencharov décident de mener combats. Sur l’ile, tout le monde les connait. De la belle épicière Bouriate aux longs yeux bridés, au pêcheur Caucasien taciturne un peu alcoolique, en passant par le chauffeur de marchroutki tout autant porté sur la bouteille, sans oublier le polyglotte sonneur de cloches de la petite église Orthodoxe jusqu’aux routards Européens de passage. Tous savent que Natacha et Nikita s’impliquent activement dans la vie du village.
A écouter : Natacha nous parle des enfants
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Suivant un ami, Nikita est le premier des deux à arriver sur l’ile il y a 20 ans et à ne plus vouloir en partir. Ancien champion Russe de ping-pong, il donne des cours gratuits aux enfants de Khoujir. Quand l’argent manque, il s’embarque avec des pêcheurs pendant plusieurs jours pour tirer des filets. 5
ans plus tard, Natacha quitte à son tour Moscou et rejoint son mari. Dans la cour de leur maison, ils font construire quelques izba pour les voyageurs de passage. L’argent gagné finance des voyages pour les enfants vers des compétitions de ping-pong en Chine, en Corée ou en Europe. Aussi, ils créent sur leur terrain un espace récréatif pour les gamins, une librairie et une salle de jeux. Voulant développer
d’autres activités, ils font le choix d’agrandir leur propriété avec de nouvelles izba construites par les artisans de Khoujir ; puisque « il est plus facile de gagner de l’argent que d’en trouver », comme nous le rappelle Natacha. Aujourd’hui, pendant la saison estivale, plus de 200 personnes par jour passent par leur homestead, et 30 employés la font tourner. Ceux-ci sont recrutés en priorité dans le village. Les produits frais viennent de l’ile. Tous les travaux sont faits par des artisans et techniciens du coin.
Ils ont fait savoir aux épiceries, restaurants, bars, auberges et particuliers de toute l’ile qu’ils rachètent les bouteilles de verre pour ensuite les revendre – au même prix – au camion qui passe 2 ou 3 fois par an pour les amener à l’usine de recyclage d’Irkoutsk. Ils voulaient mettre en place le même système avec les bouteilles de plastique mais le coût est beaucoup plus important du fait que l’usine de recyclage soit trop éloignée.
Le village voit aussi régulièrement ses enfants dans les rues armés de gants et de sacs plastiques en train de ramasser les déchets abandonnés là par les plus grands. Afin de rendre la tache plus ludique et pour éviter de lasser les minots de cette activité redondante, Natacha transforme la collecte en chasse au trésor. Il faut savoir qu’aujourd’hui le village n’est équipé d’aucune poubelle. Mais les choses vont changer. Infatigable et ingénieuse, Natacha écrit à l’entreprise Heineken pour qu’elle finance l’installation de poubelles à Khoujir. Encore une petite victoire, lors de notre séjour, l’entreprise a accepté la proposition.

Natacha et Nikita nous ont charmés. Par leur gentillesse, l’attention qu’ils nous ont accordée et leurs choix de vie. Ils ne se sont pas tournés aveuglément vers le tourisme, mais intègrent leur homestead à la vie de la communauté de Khoujir. Les enfants du village ont un lieu qui leur appartient. Les activités proposées, non seulement, les sensibilisent – pour aujourd’hui et pour demain – sur le fragile environnement dont ils sont les gardiens, mais aussi les ouvrent sur le monde. A suivre, l’installation des poubelles Heineken dans le village et un prochain voyage avec les minots vers le Laos. Quant à nous, nous pensons déjà à revenir glisser sur la glace du Baïkal dans quelques mois… Natacha et Nikita nous y attendent.
A écouter : mélancolie dans l’auberge
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Marchroutki : minibus taxi Russes
Zalaa : morceaux de tissus colorés utilisés pour marquer les hauts lieux chamaniques
Izba : maison traditionnelle sibérienne en bois, petite pour être facile à chauffer
*Les 3 Rivières Parallèles du plateau tibétain : voir l’article « L’éducation avant tout »
Tags: école et éducation, la pollution des eaux, Le lac Baikal, Les ressources en eau, recyclage métal, recyclage plastique, recyclage verre, Sibérie
merci pour cette decouverte de votre travail effectue ,continuez ,plein de chaleur et de reussite .
Nino a beaucoup aime dancer sur la musique! Bisous du crapaud!
Waouhhh… Merci! Des bizzzzz nantaises…….
des photos qui font rever…
Cette après midi à la fête du cheval à Villéréal, nous avons eu la surprise de voir une roulotte russe déambulée et 2 belles danseuses virevoltées au son de la musique tzigane. J’étais tout près de vous et la mélancolie m’a gagnée sans ce fond de tristesse qui la caractérise parfois. Merci pour ces beaux moments de partage : récits, images, sons,…………
Bonjour les Globe Trotters!
Une petite pensée à toi et à ton amie, vous m’épatez et félicitations par rapport à votre blog et bon courage pour cet hiver…
PS: tes parents étaient à Nice et m’ont dit que vous vous arrêterez à Nice, c’est avec plaisir. Ici, il fait encore beau !!!!!
Biz à vous 2
Tonton Claude
(ça fait vieux)
Merci les copains pour ce beau morceau d’accordéon…C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Le lac Baïkal, ce nom évoque dans l’instant des souvenirs lointains, ou, jeune adolescent, un professeur nous avait fait rêver en évoquant un immense lac d’eau douce, d’une grande transparence aux dimensions hors normes, à l’autre bout du monde! Merci pour cette visite du lac et de son environnement à travers vos écrits. Certes nous n’avons pas la chance de toucher cette eau si précieuse, écouter le ressac et découvrir toutes les richesses que vous évoquez! Je fais certainement partie de cette immense cohorte de ceux qui auraient souhaité faire, mais…peut-être trop bercés par notre confort occidental, avons laissé nos rêves en l’état ? Heureusement vos écrits et bandes sons sont là. Continuez à nous les faire partager, ils sont un perpétuelle enrichissement et une évasion constante. J’espère que vous avez des contacts avec plein d’écoles…quel bonheur pour les élèves!
Encore une belle rencontre et quel Énorme son !
voilà qui devrait motiver les élèves d’Ariège et d’ailleurs à s’investir dans des projets de sensibilisation locaux au devenir des déchets… On vous tiendra au courant, et nous n’oublions pas la photo, mais il faudra attendre que je la scanne à la maison…