Ça pousse, ça pousse…

2011
04.04

… Ulaanbaatar, Février 2011…

“Roots & Shoots[1]”, ce sont ces groupes locaux réunis en une fédération internationale qui encouragent et font éclore les initiatives des enfants en faveur de l’environnement. Créé en 1991 à Dar El Salaam (Tanzanie) sur l’initiative du Docteur Jane Goodall, impressionnée par la volonté d’action de jeunes venus vers elle, ce réseau regroupe aujourd’hui des dizaines de milliers de jeunes dans près de 100 pays. A Chengdu, en Chine, nous avions déjà eu l’occasion de travailler quelques jours avec les membres du groupe régional pour partager nos expériences pédagogiques. A Ulaanbaatar, nous venons de rencontrer le premier et unique groupe « Roots & Shoots » du pays, mis en place il y a 18 mois par une enseignante de l’Ecole Internationale d’Ulaanbaatar (ISU) auprès de ses élèves volontaires.

Nous arrivons dans les locaux de cette école privilégiée où se côtoient des enfants de toutes nationalités. Margriet nous reçoit avec sourire et nous raconte en détail son aventure R&S. C’est sa connaissance d’un groupe similaire dans une école de Hong Kong où elle travaillait précédemment qui lui a donné l’idée d’en créer un à Ulaan Baatar. En fonction de l’âge et des intérêts de chacun, Margriet les encourage à mettre en œuvre leurs idées, en s’inspirant d’autres campagnes de groupes R&S reportées sur leur site internet et en réaction aux problèmes de la capitale mongole. L’ensemble des projets des élèves mêlent charité (au travers de collectes de fonds) et sensibilisation (présentations et diaporamas dans les classes) sur une base régulière (rdv hebdomadaire des volontaires). Les élèves sont entièrement meneurs de leur projets, depuis la conception jusqu’à une évaluation finale. Pas mal du tout quand on sait que les plus jeunes ont tout juste 8 ans. L’important est aussi de les laisser faire des erreurs par eux-mêmes. Première idée qui avait surgi à la constitution du groupe il y a un an et demi : secourir les chiens des rues. Fallait-il répondre aux enfants qu’il y avait sans doute des choses plus importantes et que cette entreprise posait des difficultés quant à l’accueil final des rescapés ? Margriet a pris le parti de les accompagner dans leur idée, de les aider à élaborer un plan d’action. Et bien vite, les enfants ont réalisé par eux-mêmes qu’aucun de leurs parents n’était prêt à recueillir chez lui l’un des canidés, compromettant ainsi fortement les possibilités de réussite de leur projet… Alors la discussion s’est engagée sur les problèmes spécifiques d’Ulaanbaatar, la pollution notamment, et de nouvelles idées ont germé.

Photo @ Margriet Faber

A un moment, notre interlocutrice s’éclipse cinq minutes pour inviter à notre table deux de ses membres : deux jeunes filles américano-écossaise et indienne. Catriona, 16 ans, s’est occupée l’an dernier de mettre en place le recyclage du papier dans l’école. Elle nous explique : « C’est un adulte qui m’a suggéré l’idée de trouver une idée de recyclage pour l’école, quelqu’un de très ‘vert’ et qui a beaucoup de connaissances. J’ai décidé d’en faire mon projet personnel l’an dernier[2]. Alors j’ai fait des recherches dans la capitale et j’ai trouvé qu’il y avait cinq usines de recyclage de papier. Quatre d’entre elles utilisent des technologies chinoises qui tombent parfois en panne, j’ai préféré travailler avec la cinquième qui a été établie avec l’aide des japonais. Ils recyclent même 40% de l’eau utilisée dans le processus de recyclage du papier. J’ai été dans leur usine pour en rapporter un reportage photographique que j’ai présenté dans les différentes classes de l’école avec quelques chiffres. J’ai aussi eu une discussion avec les femmes de ménage car ce sont elles qui vident les poubelles des plus petites classes. Ensuite, j’ai mis en place dans chaque classe une poubelle en carton spécifiée « papier à recycler ». Celles-ci sont régulièrement vidées dans de grands sacs. Lorsque nous avons 4-5 sacs pleins, ce qui représente plusieurs centaines de kilos, la compagnie de recyclage vient les charger contre d’autres sacs vides et une petite somme d’argent. Nous n’avons pas encore décidé comment réutiliser cet argent. »

Photo @ Margriet Faber

Plus tard, à la cantine, Margriet nous envoie d’autres petits volontaires du groupe. Ils ont entre 8 et 10 ans, et nous expliquent comment ils organisent des ventes de livres, et autres évènements pour recueillir des fonds et financer l’achat d’arbres qu’ils planteront ensemble au printemps prochain. Nous sommes aussi briefés sur « la journée des hommes des cavernes », instaurée l’année précédente par tout le groupe, et durant laquelle on n’utilise ni lumières, ni ordinateurs, ni aucune source d’électricité. La veille, les jeunes relèvent le compteur électrique de l’école, ils notent à nouveau le chiffre après cette journée, et calculent la non-consommation de ce jour pour en déduire le charbon économisé dans l’usine. Car ils se sont renseigné auparavant et savent bien que ce ne sont pas moins de 60 wagons de charbon qui sont brûlés quotidiennement dans l’usine de chauffage centrale de la ville. « Sans oublier que tout cela sert la lutte contre le réchauffement climatique », ajoute la plus jeune.

Photo @ Margriet Faber

Nous rentrons après cette première rencontre enthousiasmés par la démarche. Certes, les résultats pourraient sembler modestes à beaucoup : quelques arbres plantés, quelques tonnes de papier annuellement recyclées, quelques kilowatts économisés. Mais ce sont les jeunes eux-mêmes qui agissent, encouragés et motivés par leur fidèle professeur, et ces jeunes sont peut-être de grands décideurs de demain. Alors même si Kathryna elle-même nous fait remarquer que « les jeunes sont très motivés par toutes ces activités pour l’environnement, mais les plus grands me semblent beaucoup moins intéressés, ils ont d’autres priorités en quelque sorte », nous n’oublierons pas que quelques uns peuvent faire beaucoup. Une élève qui instaure l’usage de gobelet recyclable dans la cantine de son établissement, influençant à elle seule le comportement de dizaines de ses camarades et encadrants, peut-on vraiment penser que ce n’est rien ?


[1] “Roots & Shoots” signifie “les racines et les pousses”…

[2] Chaque année, tous les élèves de l’ISU sont tenus de réaliser un projet personnel, depuis l’idée originale, sa transformation en plan d’action jusqu’à sa mise en œuvre et son analyse critique.

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3 Responses to “Ça pousse, ça pousse…”

  1. Lysiane et Jack dit :

    Bon courage à vous pour la suite , attendons d’autres nouvelles de votre magnifique périple .Bien Amicalement . Lysiane et Jack .

  2. Manou dit :

    Bonjour à vous deux

    Encore un bel exemple d’éducation, d’accompagnement et de sensibilisation. Même si la conclusion de Katryna semble un peu décourageante, il en reste pas moins qu’une petite graine a été plantée chez tous ces jeunes et qu’un jour certainement elle germera et aura à son tour un rôle à jouer.

  3. Fab et Coco dit :

    Salut les nordistes,

    Un gros bisous de Luang Prabang…On pense à vous.

    Bon (re)départ

    Coco et Fab

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