A écouter : Cloches d’Eléphant et cornacs
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Un froid mordant et humide rafraichit la nuit jusqu’au petit matin. C’est vers neuf heures que le soleil commence à brûler la peau malgré un ciel voilé. Voilé par les nuages ; ou bien par la poussière ; ou encore par la fumée des abattis brûlis. On ne sait plus. Les pluies ont cessé depuis plusieurs mois et déjà, çà et là, à flanc de collines, les paysans brulent leur parcelle pour le prochain semis. Les cours d’eau s’assèchent jusqu’à laisser apparaître de larges îles. Le moindre coup de vent soulève de gros nuages de poussière épaisse et le ballet des véhicules l’empêche de retomber. Des quatre-quatre estampillés HPC (Hongsa Power Company) et immatriculés en Thaïlande vont et viennent entre Hongsa et le site de la future mine de lignite proche de quelques kilomètres. Les Thaïs ne veulent pas chez eux d’exploitation de lignite – charbon de mauvaise qualité -, technique extrêmement polluante et toxique pour l’homme et son environnement. Par contre, ils financent et supervisent la construction de l’usine sur les terres du Laos et rachèteront près de 90% de l’électricité ainsi produite. Sans être inquiétés par les autorités complices ou d’insignifiants mouvements écologistes. Des centaines d’hectares de rizières disparaîtront et le ciel se chargera d’autres nuages.
Entre Hongsa et la future mine, dans le village de Viengkeo, a lieu le quatrième festival des éléphants, « Boun Xang », initié par l’association ElefantAsia. Une semaine avant le festival, le tranquille village se remplit à grande vitesse. Les maisons traditionnelles Tai Lue, en bois sur pilotis, sont coincées entre rizières et forêt de bambous. Beaucoup hébergeront des festivaliers. Pendant la journée, de légères brises rafraichissent les pistes de sable qui séparent les différents quartiers. Tôt le matin, la marche silencieuse de l’éléphant de plusieurs tonnes n’est trahie que par la voix de son maître et par le bruit de la cloche en bois accrochée autour de son cou.
A écouter : Monsieur Vhonsi et son Sisso
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Vers onze heures du matin, tout le monde se glisse à l’ombre pour une soupe de nouilles qui précèdera une courte sieste. D’un côté du village, les compagnies privées de téléphonie mobile et de boisson jouent des coudes à grands renforts de murs d’enceintes saturées crachant un flot incessant de slogans publicitaires. « Un autre truc offert pour un premier acheté ». Peu à peu les gens se transforment en homme-sandwich, se coiffant et s’habillant de logos Beerlao, Unitel et Tigo. Nestlé, 1er fournisseur mondial d’eau potable (et notamment payante) aux bénéfices record, vient de monter ses tentes « Good Food, good life » (bonne nourriture, bonne vie). On s’échappe de la foire par les promenades qui courent en haut des rizières, à l’ombre des cocotiers, palmiers et manguiers. Y ont été installés par ElefantAsia des panneaux d’éducation sur l’éléphant rédigés en lao, français et anglais. Extraits choisis de l’exposition en plein air : « Généralement fils et petit fils de cornac, l’homme qui conduit un éléphant est dépositaire d’une culture plusieurs fois millénaire. » Les villageois de Viengkeo et des alentours ainsi que quelques touristes flânent dans la fraicheur jusqu’à arriver à l’humble temple bouddhiste. « Selon la croyance populaire, dans le cycle des réincarnations, l’éléphant constitue la dernière étape avant celle de l’homme. C’est dire combien il est proche de ce dernier : sans en avoir ni la forme ni les moyens d’expression, il en possède déjà en quelque sorte la nature. » Et peu à peu on s’éloigne de l’agression commerciale de la grande foire pour atterrir sur la grand place du village jouxtant la cour non clôturée des écoles. C’est ici que pendant la journée, les trente sept éléphants domestiques et leurs cornacs se laissent approcher par les festivaliers. Ces derniers assistent à la cérémonie traditionnelle du baci (pour rappeler chacune de nos trente deux âmes), à l’élection de l’éléphant de l’année, au dressage des éléphants, à des démonstrations de débardage. Des balades à bord du palanquin posé sur l’échine du pachyderme offrent un aperçu de la force et de la docilité de l’animal. « S’il est vrai qu’on peut briser un éléphant par la violence, on ne mobilise toute son intelligence et sa puissance que par la douceur. » Ce festival est un des piliers des actions de sensibilisation d’ElefantAsia.
A écouter : Procession de musiciens
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En 2001 naissait cette association française à but non lucratif, portée par Sébastien Duffilot et Gilles Maurer. Son ambition est de protéger l’éléphant d’Asie grandement menacé. Son intervention cible plus particulièrement la province de Sayaboury au Laos qui abrite près de 75% des éléphants domestiques et la plus grande concentration d’éléphants sauvages du pays. De plus, Sayaboury entretient une tradition cornac profondément enracinée. On dénombre au Laos 500 éléphants domestiques et 700 sauvages (dans toute l’Asie on compte 15.765 éléphants domestiques et 37.000 sauvages). La déforestation causée par l’abattage industriel et non régulé des arbres, par l’extension des zones cultivées et des exploitations commerciales, réduit considérablement l’habitat du pachyderme. La destruction de ses routes migratoires liée à une certaine forme de « développement », le braconnage et le faible intérêt des autorités pour les questions écologiques menacent gravement l’animal sauvage. Quant à l’animal domestique, utilisé comme bête de somme, trainant des grumes de plusieurs centaines de kilos sur des pentes abruptes, sa situation n’est pas plus réjouissante. Les braconniers les attaquent pendant leur nuit en forêt pour leur couper la queue, leur scier les pattes, leur arracher les défenses… afin d’alimenter les gourmands marchés chinois, vietnamien et japonais. De plus, les femelles stressées et sur-utilisées voient leur cycle de reproduction perturbé et ont du mal à mener à terme leurs vingt-deux mois de gestation, ou bien les quatre années de sevrage du jeune éléphanteau.
A écouter : Musiciens traditionnels répétant près d’un temple
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En 2002, Sébastien et Gilles organisaient avec quatre pachydermes et leurs cornacs la Caravane des Eléphants. Pendant trois mois et 1.300 kilomètres, la caravane a traversé le pays du sud (Champassak) au nord (Luang Prabang). Les cornacs à califourchon sur le large cou de leur animal sont allés de village en village rappelant les temps anciens où le pays s’appelait Lane Xang, le royaume du million d’éléphants, avant de devenir le pays aux 160 Organisations Non Gouvernementales. Au fil du voyage, le convoi acquiert une telle notoriété que, longtemps à l’avance, les villages sont déjà informés du passage de la caravane. Une foule enthousiaste et curieuse accompagne le convoi entre chaque étape et honore les animaux de quelques offrandes. Cette gigantesque campagne de sensibilisation est le point de départ d’ElefantAsia. A leur retour en France, Sébastien et Gilles organisent des expositions, des conférences, rédigent un livre, montent un DVD et recherchent des financements. Les premières enveloppes permettent à l’association de s’implanter durablement au Laos et, en collaboration avec le Ministère de la Culture Lao, de mettre sur pied sa mission d’éducation à la conservation de l’éléphant (avec production de matériel pédagogique). Plus tard, grâce à d’autres fonds, ElefantAsia achète deux femelles domestiques, Mae Dok et Mae Bounnam, âgées aujourd’hui de 37 et 14 ans. Une clinique mobile vétérinaire rattachée au Ministère de l’Agriculture Lao sillonne le pays pour dispenser des soins aux animaux malades ou blessés sur les chantiers. Les cornacs sont formés aux premiers soins, équipés d’une trousse à pharmacie et d’un manuel vétérinaire en lao. Puis ElefantAsia lance le « baby bonus ». L’association signe un contrat avec le cornac qui s’engage à ne pas travailler sur les chantiers le temps de la gestation de la femelle et du sevrage de l’éléphanteau. ElefantAsia fournit alors un motoculteur au cornac qui trouvera là une autre source d’argent, pendant que la femelle n’est utilisée qu’à des fins touristiques (balades) et bénéficie d’un suivi par les vétérinaires locaux et expatriés. Puis, durant les quatre années de sevrage de l’éléphanteau, celui-ci appartient à 20% à ElefantAsia jusqu’à ce que le contrat soit remplit. Dans le cas contraire, si l’éléphanteau quitte prématurément le programme de reproduction, l’association garde sa part. A ce jour, six contrats ont déjà été signés. Le prochain gros défi de l’association est la mise sur pied du Sanctuaire des éléphants à Sayaboury. Ce site en bordure d’un lac concentrerait l’ensemble des activités déjà menées par ElefantAsia, de l’éducation à l’environnement au baby bonus en passant par les soins vétérinaires et les balades à dos de pachyderme.
Mais attention ! L’éléphant n’est pas la bête fétiche de tout le monde. Notamment dans le sud du pays, dans la province de Champassak, où les éléphants sauvages poussés par un appétit insatiable ravagent les plantations des villageois. Leur habitat est morcelé, leurs 250 kilogrammes journaliers de nourriture sont de plus en plus difficiles à trouver, ils se rapprochent alors des villages pour se rassasier. Ces incidents non négligeables dans un des pays les plus pauvres de la planète sont une mise en garde. Il ne faut pas oublier que les paysans lao et les minorités ethniques des montagnes, pour diverses raisons peu louables, voient leurs parcelles arables réduites, voire tronquées ou tout simplement inexploitables. Peu à peu leur agriculture vivrière devient impossible, les poussant à se convertir en employés agricoles. La protection des ressources naturelles doit obligatoirement prendre en compte l’interdépendance de l’homme et de son environnement. La non-considération des habitats et besoins respectifs de l’homme et de l’animal conduirait à d’éternels conflits entre les espèces.
A écouter : Chansons d’écoliers
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Le village de Viengkeo prend des airs de fête. Tout le monde a installé devant sa maison des lampes à huile couvertes de tissus colorés. Des étoiles en papier de soie éclairent de couleurs chaudes les portes d’entrée. Des circassiens lao de Vientiane (Cirque National), des photographes et vidéastes (Yves Bernard et son équipe de « Cinéma Tuk Tuk »), des artistes français, artificiers (Patrick Auzier « Papa Boum » et filles), metteurs en scène, comédiens et musiciens (« Uz et Coutumes »), invités par Sébastien et Gilles, animent les fins de journées, illuminent la nuit au cours d’une longue parade enflammée et conduisent les festivaliers, villageois, moines, soldats et gardiens de la révolution jusqu’au feu d’artifice final. La tête en l’air, éclairée par les lueurs pyrotechniques, les spectateurs émerveillés ont des mines d’enfants. Dans leur forêt où ils passeront la nuit, les éléphants se retrouvent entre eux, écoutant d’une oreille inquiète les détonations des fusées. Plus loin, les bulldozers et autres machines laissent refroidir leur moteur avant de retourner fouiller les tréfonds de la terre.
La contrepèterie du festival : « As-tu vu le bain des éléphants ? »
Pour plus d’informations sur l’association de protection de l’éléphant d’Asie :
Tags: 08 Festival, Biodiversité, elephant d'asie, le Laos, ONG environnement

Bonjour Amandine et William
Avez-vous de la neige où vous êtes?
de la part de Benjamin et de Anatasia
Bonjour c’est Chloé!!!
Combien fait-t-il de degrés ?
Que mangez-vous la bas
Il a neigé aujourd’hui.
A bientôt Amandine et William GROS BISOUS !!!
bonjour à vous deux, je viens de rentrer en France, complètement jetlargué!
Ne rentrez plus jamais! continuez toujours à nous raconter vos histoires et le chemin qui n’a plus de fin, mais vous ramènera un jour… là où vous l’avez commencé, le matin sans les chaussons aux pommes, le jour sous un chapeau de paille , le soir sous les étoiles et la nuit sans les draps!
Pensez souvent à ce proverbe Africain (Laotien) qui dit: Vous avez l’heure nous avons le temps! Bises et latchodrom….. yves
Ps, est-ce que que l’on peut vous envoyer des photos quelque part de temps en temps histoire d’échanger!
[...] Écoutez un peu les sons du festival des éléphants. [...]
« La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit… »Bonne route, compagnon!!!
Ça y est, me voilà bel et bien partagée entre la non envie de vous quitter, ou plutôt que vous nous quittiez, la curiosité aiguisée de découvrir la suite de l’aventure en lecture, en images et sons, et le désir de la partager avec les minots… Ils vont adorés, nous aussi! Bizzz…
Chapeau bas !!
Cette « petite » entrée en matière m’ ouvre l’appétit et déja me donne l’envie
de ne pas en rester là.
A très bientôt pour sûr, dans la suite de vos aventures.
vayan con dios! pepez
Hello les aventuriers
Nous venons de lire votre premier article et permettez nous de vous dire que vous suivre au long de votre périple sera un vrai régal tant littéraire que culturel. Les petites interventions sonores ponctuent agréablement la lecture de vos articles.
Bravo à tous les deux.
FX & Mag