La tornade BIOM

2011
11.19

…Bichkek, Septembre et Octobre 2010…

Trois membres du mouvement écologique BIOM parviennent à s’échapper de la conférence internationale sur le changement climatique organisée à Bichkek pour rencontrer Histoires Recyclables (HR). Vladimir, téléphone collé à l’oreille, Aleksei, une lourde sacoche sur l’épaule et Ilya des posters sous le bras, débarquent dans le petit bureau de l’AFKE[1] à FrancEvasion. HR commence par présenter son projet puis ses outils pédagogiques et rapidement BIOM comprend qu’une collaboration est envisageable. De l’association d’étudiants de ses origines, le mouvement écologique semble avoir conservé la spontanéité et l’enthousiasme, avec le professionnalisme en plus. En moins d’une heure ont été jetés les fondements du partenariat entre HR et BIOM, puis les Vladimir, Aleksei et Ilya repartent en trombe vers leur conférence, laissant sur le bureau posters, brochures et ouvrages en quantité. La tornade BIOM vient d’insuffler  son énergie à HR.

Apprendre en faisant

BIOM dispose aujourd’hui d’une grande mallette pédagogique remplie de matériels visuels qui ont été disséminés dans de nombreuses écoles du pays. Or, BIOM ce ne sont pas que des campagnes d’affichage, ce sont aussi des actions concrètes dans la diffusion de technologies innovantes pour le développement durable.

Le mouvement écologique est le coordinateur national du projet SPARE[2], qui constitue aujourd’hui le plus gros volet de leurs activités. Axé sur les énergies renouvelables, autant sur leur enseignement que leur mise en œuvre, ce projet scolaire international défend les méthodes d’apprentissage par la pratique. BIOM l’a alors adapté au contexte du Kirghizstan et s’est lancé dans un vaste programme national, s’appropriant des technologies à énergie solaire (chauffe-eau ou four) et partageant son savoir au cours de séminaires pour les écoliers ou les adultes. En proposant des équipements fabriqués avec des matériaux locaux, l’organisation offre des outils pédagogiques aux enseignants pour aborder, par exemple, la thermodynamique voire le réchauffement climatique. Mais ils constituent aussi des solutions accessibles aux usagers face à de graves problèmes énergétiques (voir le paragraphe en fin d’article « quelques précisions »).

De plus, BIOM s’est engagé auprès du Ministère de l’Education pour réviser les programmes scolaires des écoles primaires et des collèges. L’idée est d’enrichir les disciplines classiques de sujets liés à la gestion des ressources naturelles et au changement climatique. L’expérience de l’organisation dans le projet SPARE a convaincu le corps enseignant de la pertinence d’une pédagogie participative. C’est d’ailleurs à ce propos que HR a organisé avec BIOM un séminaire de deux jours pour présenter ses propres jeux éducatifs.

La Santé Environnementale

BIOM ne s’arrête pas là et s’investit encore d’avantage dans les actions pour un développement durable du Kirghizstan.  Dans les écoles encore, le mouvement implique les élèves sur le suivi de la qualité des eaux à l’aide des bio-indicateurs[3].

Aussi, avec quelques partenaires locaux (dont UNISON), BIOM crée différents modèles de toilettes, dites « écologiques »[4], à différents coûts pour des familles, écoles ou bazaar, pour, à terme, remplacer les latrines (toilettes à trou) non ventilées (voir le paragraphe en fin d’article « quelques précisions »). Grace à ces toilettes écologiques, les déjections humaines sont converties en engrais, supportant l’agriculture, activité principale des villageois kirghizes, protégeant ainsi nappes phréatiques et sols.

En terme d’agriculture encore, le mouvement écologique s’est aussi lancé dans le développement de serres qui permettent de prolonger la durée de culture jusqu’aux premiers mois de l’hiver. L’ONG française GERES[5] a apporté son expertise sur ces serres passives, forte de son expérience dans les montagnes du Ladakh d’Inde et dans les saisons extrêmes de Mongolie.

La professionnalisation d’un mouvement étudiant qui n’a rien perdu de son enthousiasme

Depuis sa création en 1993 à l’université nationale de Bichkek, les étudiants de l’association se sont professionnalisés et ont acquiert une plus-value technique et une forte crédibilité dans le pays et la région. BIOM multiplie l’organisation de et ses participations à des conférences nationales et internationales. En un peu moins de vingt ans, le mouvement écologique a développé un vaste réseau d’organisations kirghizes et internationales, telles que UNISON, Akmena, WECF[6], Friends of Earth Norway[7], UNICEF et aujourd’hui Histoires Recyclables. Référence pour le gouvernement pour veiller à l’utilisation durable des ressources naturelles, BIOM est un acteur majeur du Kirghizstan et fait parti de ces rares organisations qui mettent en pratique les idées qu’elles défendent ; tout comme l’écrit Pierre Rabhi « faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait »[8].

Le mouvement écologique en anglais sur la toile : www.biom.kg/eng.html

Quelques précisions…

La difficile problématique de l’énergie au Kirghizstan

Il convient de rappeler ici que, malgré le grand potentiel hydroélectrique du Kirghizstan, son utilisation est sclérosée par une gestion crapuleuse qui avait mené à une grave crise énergétique durant l’année 2008 – 2009. Les systèmes de pompage et de traitement des eaux subirent alors de lourdes pannes parfois irréversibles, affectant directement les foyers. D’autre part, cette crise força le pays à revenir à l’usage de sources d’énergie plus polluantes et couteuses : le gaz ouzbèk, le charbon kazakh mais aussi bois de chauffe des forêts locales pour les villageois. Le CAREC[9] indique dans son rapport « Environnement, eau et sécurité en Asie Centrale » que la surface forestière en Asie Centrale a été réduite par quatre ou cinq depuis les années cinquante, et plus encore dans les vallées de l’Amou-Daria et du Syr-Daria. La promotion et l’utilisation des énergies renouvelables à bas coût, telles que développées également par UNISON, répondent à cette problématique.

La gestion des eaux au Kirghizstan

Vingt après son émancipation, la république du Kirghizistan subit encore aujourd’hui les conséquences de l’effondrement de l’URSS et particulièrement au niveau de ses infrastructures. Hier encore, leur entretien était assuré par de compétents techniciens, mais de nos jours l’approvisionnement en eau et l’assainissement sont hautement problématiques. La qualité de l’eau au robinet n’est plus sûre et les eaux de surface – les rivières et canaux étant la principale ressource en eau des villages – comme les eaux souterraines sont contaminées par un traitement non adapté des eaux usées, un assainissement autonome obsolète et des techniques agricoles non adaptées. Les premiers à en pâtir sont bien sûr les enfants, régulièrement affectés par des maladies liées à l’eau ou l’hygiène, telles que hépatites, typhoïdes et autres infections féco-orales.

The BIOM tornado

…Bishkek, September and October 2010…

Three members of the ecological movement BIOM manage to get away from the international conference on the climate change organized in Bishkek to meet Recyclable Stories (RS). Vladimir with a phone pressed against his ear, Aleksei with a heavy bag on his shoulder and Ilya with posters under his arm, show up in the small AFKE office at FrancEvasion.

Vladimir, telephone on the ear, Aleksei, a heavy handbag on his shoulder and Ilya, posters on his arms, show up on the AFKE[10] small office in FrancEvasion. As soon as RS starts to present the project and its pedagogical tools, BIOM understands the opportunities of collaboration. From the original student organization, this ecological movement kept spontaneity and enthusiasm, while getting more professional. In less than one hour, RS and BIOM lay the foundations of a partnership and then Vladimir, Aleksei and Ilya shoot off to their conference, letting on the desk numerous posters, leaflets and manuals. The BIOM tornado inspired HR with its big wave of energy.

Learning by doing

BIOM has nowadays a big pedagogical pack filled with visual materials that were scattered in schools all over the country. But BIOM is not only about posting campaigns, it’s also a number of concrete actions to spread innovative technologies for the sustainable development.

The ecological movement is the national coordinator in Kyrgyzstan of the project SPARE[11], which is today the main part of their activities. Targeting renewable energies on both theoretical and practical aspects, this school project defends the « learning by doing » methodology. BIOM adapted it to the Kyrgyz context and launched a national program focused on solar technologies (water-heater, oven, etc.) sharing its savoir faire with students and adults all over the country. The organization proposes locally-made equipments to teachers to explain to kids thermodynamic or climate change, for example. Moreover, these low cost technologies are practical solutions for families to face energetic problems (cf. the last part of the article « Some precisions »).

Besides, BIOM committed itself with the Ministry of Education to update the primary and secondary schools curriculum. The idea is to enrich the scientific disciplines with more subjects and tools related to natural resources management and climate change. Their successful experience with the SPARE Project convinced the educators that participatory methods were fruitful. Incidentally, during a two days seminar, RS proposed its pedagogical tools to the education team.

Environmental health

BIOM conducts even more activities for sustainable development in Kyrgyzstan. In the schools, students are sensitized and trained to monitor water quality thanks to bio-indicators[12].  With local partners (including UNISON), BIOM also developed different models of ecological toilets[13], at different costs for families, schools or bazaar and to replace little by little the classic pit latrines (cf. the last part of the article « Some precisions »).  With those models, human excreta are transformed into fertilizers by composting and support agricultural activities, for the benefit of both underground waters and soil fertility. About agriculture, the ecological movement also implemented a number of pilot passive green houses to extend the duration of cultivation. The French NGO GERES[14] brought its expertise gained in the cold regions of Ladakh in India and Mongolia.

A professionalized student movement that didn’t lose its enthusiasm

Since its creation in 1993 at the National University of Bishkek, the ex-students became experts in different fields and gained credibility in the country. BIOM organizes and participates to national and international conferences. Within almost twenty years, the team developed a wide network of partners in Kyrgyzstan and abroad: UNISON, Akmena, WECF[15], Friends of Earth Norway[16], UNICEF and today Recyclable Stories. These young scientists became a reference for the government for the sustainable use of natural resources, and they are recognized as an organization that put in practice directly the ideas that they defend; as writes Pierre Rabhi: « Do what you say and say what you do » [17].

The ecological movement BIOM in English on the web : www.biom.kg/eng.html

Some precisions

The sensitive energy issue in Kyrgyzstan

Let’s recall that in Kyrgyzstan, despite a great hydro-electric potential, its utilization is undermined by a crooked management that led in the year 2008-2009 to a national energy crisis. The water pumping and treatment facilities suffered seriously from these blackouts, affecting directly numerous households. Besides, this crisis pushed the government to turn towards more expensive and less ecological energies, the Uzbek gas, the Kazakh coal, while the population was going back to coal and wood to heat their houses. The CAREC[18] writes in his report « Environment, water and security in Central Asia » that the forested area decreased four to five times since the 50’s and even more in the valleys of Amou-Daria and Syr-Daria. The promotion and use of renewable energies at low cost, like those developed by UNISON, seems to be the most adapted solution to address this issue.

Water management in Kyrgyzstan

Twenty years after its emancipation, the Kyrgyz Republic still suffers from the consequences of the dismantlement of USSR, especially regarding its facilities. If their maintenance was before run by skilled technicians, nowadays water supply and sanitation are problematics. Tap water is not safe anymore and surface waters – rivers and canals being the main water source in villages – are contaminated by improper treatment of used waters, obsolete sanitation facilities and hazardous agricultural practices. As a direct consequence, children are regularly affected by water borne diseases, such as hepatitis, typhoid and other feco-oral sicknesses.


[1] L’Association Franco-Kirghize d’Ecotourisme

[2] SPARE: School Project on Application of Resources and Energy (Projet Scolaire sur l’Application des Ressources et Energie) à l’initiative de Friends of the Earth Norway. www.spareworld.org

[3] Les bioindicateurs sont des espèces animales ou végétales (ou des groups d’espèces) dont on connait les exigences physico-chimiques et qui renseignent donc sur les caractéristiques d’un écosystème. Par rapport aux pollutions notamment, certaines espèces seront tolérantes aux contaminations tandis que d’autres disparaitront du milieu en présence d’un polluant spécifique. En surveillant la présence d’une liste d’espèces aquatiques, on peut ainsi évaluer le degré de pureté ou de pollution d’une rivière.

[4] Le projet “Eautarcie”, consacré à la gestion durable de l’eau dans le monde, fournit des détails techniques et pratiques sur, entre autres, les toilettes à litière biomaitrisée. www.eautarcie.org

[5] GERES: Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités. www.geres.eu

[6] WECF: Women in Europe for a Common Future (Les Femmes en Europe pour un Avenir Commun). www.wecf.eu

[7] A travers le projet SPARE et quelques financements, “Les Amis de la Terre Norvège” est le principal partenaire de BIOM. http://naturvernforbundet.no/english/

[8] Extrait de l’ouvrage de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse”, Actes Sud, 2010

[9] CAREC: The Central Asia Regional Environment Center (Le Centre Régional de l’Environnement de l’Asie Centrale). www.carecnet.org

[10] The Franco-Kyrgyz Association of Ecotourism

[11] SPARE: School Project on Application of Resources and Energy is an initiative of Friends of the Earth Norway. www.spareworld.org

[12] Bio-indicators are vegetal or animal species that live in precise physical and chemical conditions. Regarding pollutions, some species will be tolerant to contamination while others will disappear in the presence of specific pollutants. By monitoring a defined list of aquatic species, we can then evaluate the water quality of a river.

[13] The project “Eautarcie” dedicated to the sustainable management of water on the world, gives technical details and advices about ecological toilets. www.eautarcie.org

[14] GERES Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités (Group of Renewable Energies, Environment and Solidarity). www.geres.eu

[15] WECF: Women in Europe for a Common Future. www.wecf.eu

[16] Through the SPARE project and complementary funds, Friends of the Earth Norway if the main international partner of BIOM. http://naturvernforbundet.no/english/

[17] Quotation from the book written by Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse” (Towards the happy temperance), Actes Sud, 2010

[18] CAREC: The Central Asia Regional Environment Center. www.carecnet.org

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