De Dali à Shaxi il n’y a qu’un pas. Bien que les distances soient toutes relatives en Chine. C’est suffisant pour semer les hordes de touristes. Et pour changer de décor. Depuis le Nord du Laos jusqu’à l’extrême Sud du Yunnan, les provinces sont riches en eau. Eaux de source dans les montagnes jusqu’aux rivières et puits dans les vallées, et des saisons des pluies tenant leurs promesses. Tandis qu’ici, en bifurquant vers l’Ouest sur la route Dali – Lijiang, un défilé de collines sèches recouvertes à l’infini de pins accueille le voyageur. Landes chinoises qui semblent balayées par le vent tous les jours, du matin au soir, érodant encore plus ces lisses montagnes.
Nous sommes sur une des mythiques routes du thé, celle sur laquelle de Pu’er, on amenait à pied de lourds chargements de thé plus au Nord, vers les plateaux tibétains. Là ils étaient échangés contre des chevaux ramenés dans l’autre sens. Entre Dali et Lijiang, fiefs de l’hyper-tourisme chinois, subsiste la tranquille Shaxi et son marché antique datant de la même époque où hommes et chevaux se retrouvaient pour quelques provisions et longues discussions. Jusqu’à 1950 et depuis près de 25 siècles, la route du thé était l’unique lien entre l’Asie du Sud et le Tibet.
Nous quittons la plaine pour grimper sur les collines environnantes, les montagnes Shibao « le trésor de pierre ». Aux pieds de leurs flancs polis, de vieux villages en torchis des BaÏ sont protégés par des portes antiques. On imagine encore très bien les caravanes d’hommes et de chevaux se croisant sur ces sentiers. En termes de paysages, la différence est frappante. La vallée verte de rizières, de mais et de tabac et les collines d’un vert-gris sec recouvertes de pins. Chaque source, chaque ruisseau est piégé, happé par des canaux qui arroseront les champs en aval. Pendant nos longues promenades on voit ça et là des lits de rivières asséchés, inondés de pierres immobiles. Le cycle de l’eau semble gravement perturbé et on se demande pour combien de temps encore les paysans trouveront de quoi irriguer.
Dans son livre controversé mais non moins instructif « L’avenir de l’eau », Eric Orsenna rapporte les paroles de Gao Er Kun, directeur général de l’Eau au ministère chinois des Ressources Hydrauliques. « Mon pays est riche en ressources en eau. (…) Mais notre peuple est si nombreux. Et cette eau est si mal répartie dans le temps et dans l’espace. (…) 70% de notre pluie tombent durant l’été ! Trop d’eau, beaucoup trop d’eau en juillet-août, et presque plus rien après. Maintenant, la répartition dans l’espace. (…) Tracez une ligne droite. Elle commence juste au dessus de Shanghai et s’en va tout droit vers l’ouest. Dans les deux parties de mon pays, le Nord, au-dessus de la ligne, et le Sud, en dessous, vit la même population : 700 millions. Seulement le Nord ne dispose que de 17% de l’eau. (…) Vous venez d’un continent tempéré. Vous ne pouvez pas comprendre qu’un même pays puisse connaître à la fois l’inondation et la sécheresse. Et que les deux malédictions puissent tuer autant. » Un coup d’œil sur les actualités météorologiques et sur la carte de l’Empire du Milieu nous apprend que la ligne de Monsieur Gao Er Kun descend de plus en plus vers le Sud. Et rapidement. En Mai 2010, plus de 24 millions de personnes dans le Sud-ouest de la Chine manquaient d’eau potable, dans les provinces du Yunnan, du Guizhou, du Sichuan et dans la région du Guangxi ainsi que la métropole de Chongqing. La pire sécheresse depuis plus d’un siècle dont le Laos et le Vietnam ont ressenti les effets. Au Yunnan, depuis Septembre dernier, les précipitations ont diminué de plus de 60% par rapport à la normale. Beaucoup pointent du doigt la construction effrénée de barrages comme cause principale du dérèglement du cycle de l’eau et donc de la saison des pluies. Mais la déforestation et la monoculture intensive, de même qu’une gestion déraisonnée des eaux y sont aussi pour quelque chose.
Notre prochaine escale au Nord du Yunnan et quelques recherches cybernétiques nous en diront plus long sur cette catastrophe climatique.
Tags: Biodiversité, la Chine, le changement climatique, Les ressources en eau, secheresse, tourisme durable




Photo,paysages,commentaires magnifiques.Continuez à nous faire rêver.A bientôt !!!
Karine, la soeurette
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Bravo pour vos pages d’écriture qui nous font découvrir autre chose que ce qui est proposé au touriste de base, dont je suis. Je trouve vos papiers plein de pertinence et j’y puise en permanence, à travers la richesse de votre voyage, le découverte, dans l’instant, d’un petit morceau de la Chine. Continuez à alimenter, à travers vos papiers et vos photos, notre soif d’apprendre. Quelle est la météo actuelle dans cette région ?
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Acheteurs de baguettes de tous les pays unissez vous !!!
attention ! il y a un complot ! ce sont tous des copies !
prenez soin de vous , attention aux echardes
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merci de nous faire partager ce génial voyage.
Bravo pour vos photos magnifique et commentaires tout à fait pertinents.
la traversée de la Chine ne pose donc pas vraiment de problèmes (hormis la question de la langue et de l’écriture), vis à vis des autorités comme cela pouvait être le cas il y a encore quelques années ? Vous pouvez aller n’importe où ? Vous faut – il déclarer vos faits (déplacements) régulièrement ?
Bonne route et à bientôt
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