Actions locales pour problème global

2011
05.14

…Ulaanhus soum, Bayan Olgiy aimag, Avril et Mai 2011…

Lorsqu’on fait le trajet en bus entre Ulaanbaatar (UB) et Olgiy, il faut compter entre 2 et 3 jours de voyage ; et le long des 1700 kms de piste, il y a, dans le désordre…

…Des paysages désolés à n’en plus finir, « c’est beau mais c’est long », des montagnes érodées et des pics acérés, de la poussière, des troupeaux de chevaux, chameaux, chèvres, moutons et yaks, des lambeaux de pneus abandonnés sur les bas côtés de la route, de la poussière, les ombres gigantesques des nuages sur la plaine immense, les silhouettes des mines, une tempête de neige, la piste qui disparait dans la nuit et qu’il faut retrouver dans le faisceau de la lampe torche, de la poussière, de monstrueux engins pour retourner sols, sous-sols et rivières, les bouteilles et sacs plastique jetés nonchalamment par les passagers du bus à chaque pause pipi, les relais routiers entre rien et rien pour avaler quelques buuz[1] et suutaitse[2], des mecs qui se saoulent à la vodka pendant tout le voyage, encore de la poussière, et un chauffeur qui s’enfile à lui tout seul plus de 30 heures de piste pratiquant la technique de la steppe, dormir régulièrement 2 à 5 secondes tout en conduisant…

A écouter : chants Kazakhs en pleine nuit dans le bus

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Et au bout de la route, on perd 1 heure sur la montre par rapport à UB et il y a Olgiy, capitale de l’aimag[3] de Bayan Olgiy, la province la plus à l’ouest du pays. Tout là bas, les yeux et les cheveux s’éclaircissent, les visages et les nez s’allongent, la langue change et des mosquées pointent leur croissant vers le ciel. Nous sommes aux pieds de l’Altaï Mongol, chez les Kazakhs, arrivés dans cette région au XIXème siècle.

En poussant un peu plus loin vers l’ouest, roulant sur une piste sablonneuse, passant colline après colline, slalomant entre les buissons, on atteint le soum[4] d’Ulaanhus. Les habitants Kazakhs à grande majorité éleveurs vivent entre montagnes et plaines, sur une terre sèche, balayée régulièrement par de forts vents soulevant des nuages de sable. A Sogog, 1 des 8 bag[5] d’Ulaanhus, on ne voit pas les ger[6] des nomades, partis chercher des pâturages et de l’eau plus loin derrière la montagne. Les habitations en dur sont des rectangles de plein pied, aux toits plats et murs de terre chaulés. Les gens creusent des puits de 3 à 5 mètres de profondeur et une rivière saisonnière coule pendant 2 à 3 mois entre Juin et Septembre, résultat de la fonte des neiges et des glaces. Et nous avons cette impression tenace d’avoir changé de pays.

C’est dans ce décor sec et hostile que « Les Pieds sur Terre » (PST) a planté ses graines. Lena « Lenka » Khazidolda[7], ancienne professeur et interprète Kazakh Mongole mais bien plus encore, et Sandrine « Tàra » Tissier[8], docteur française mais bien plus encore, décident de monter leur association PST avec l’appui de quelques mécènes. Tel qu’écrit sur leur site internet : « PST a débuté en tant qu’ONG de santé mais nous avons vite réalisé que les projets de santé n’avaient pas de sens si nous n’agissions pas également au niveau de l’éducation et de l’environnement ». Lena prend en main l’organisation, gère tout depuis UB, projets, administrations et financements, fait les allers-retours entre la capitale et la campagne et s’installe à Sogog avec sa famille pendant les étés. Sandrine apprend le Kazakh, s’installe à Sogog, rencontre les habitants de la plaine à la montagne. Les activités de PST s’articulent alors autour de 3 grandes thématiques : la santé, l’éducation et le vert. « Nous essayons de mettre en œuvre des projets avec les communautés locales pour améliorer leurs conditions de vie, l’accès à l’éducation, la santé et l’environnement ». Une fois la clinique mobile mise en place, des sessions de promotion à l’hygiène régulièrement organisées, des lavabos installés dans l’école, du soutien scolaire organisé pour les pensionnaires…, Lenka et Tàra laissent germer d’autres idées…

A écouter : Lena et Kholagat nous expliquent les vents de sable

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Tour à tour, Tavis, maire de Sogog, Kholagat, directeur de l’école et Camrai, notre hôte et manager de l’école nous racontent. Il y a un peu moins de 200 ans, les premiers éleveurs se sont installés dans la vallée de Sogog qui était alors un immense pâturage vert. Depuis le climat a changé et ne cesse de devenir de plus en plus sévère. Plus récemment, depuis une quinzaine d’années, la couche de neige et de glace sur les montagnes environnantes s’affine, le niveau de la nappe phréatique diminue, les tempêtes de sable s’intensifient et les dunes avancent. Le bag semble être la parfaite illustration du changement climatique global mais PST est convaincu que la situation n’est pas irréversible. Le processus de restauration de la terre est long, mais les villageois l’ont compris et prennent soin des quelques ressources naturelles disponibles. Et puis Lena, Sandrine et leur équipe locale plantent leurs graines. Des graines de légumineuses pour combattre les problèmes de nutrition des pensionnaires de l’école. Puis des graines d’arbre pour couper le vent, verdir le bag, limiter la désertification et réamorcer le cycle de l’eau. Des serres sont construites pour l’école et la crèche et dès la 1ère récolte, les habitants voient l’ordinaire alimentaire des enfants nettement amélioré. Sogog découvre la petite agriculture vivrière et la nutrition. Puis, peu à peu, les familles se mettent à jardiner. Plus tard, PST fournit des pousses d’arbres à quelques familles et s’apprête à planter des milliers d’arbustes dans un parc.

L’état de santé des habitants de Sogog s’améliore, de même que les conditions de vie et d’étude des enfants et pensionnaires. De nouvelles familles commencent à s’installer dans le bag. Tandis que certaines grosses organisations ne savent plus où placarder leurs autocollants, PST agit localement et apporte des réponses concrètes et intégrées aux problèmes des villageois et de leur environnement.

A écouter : écolière jouant du Dombyra, instrument à 2 cordes Kazakh

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

…Et un grand merci à Nele qui nous a guidés et ensoleillés de Bayan-Olgi à Sogog…

Pour en savoir plus sur les actions et les forces vives de PST, consultez leur site internet : www.piedterre.org



[1] Pain fourrés à la viande et cuits à la vapeur

[2] Thé au lait salé

[3] Unité administrative correspondante à la région

[4] Unité administrative correspondante à un village

[5] Plus petite unité administrative correspondante à un quartier, un regroupement de plusieurs habitations

[6] Les Mongols préfèrent le mot mongol « ger » au Russe « yourte »

[7] Qui aura été notre guide et interprète lors de notre séjour à Sogog

[8] Qui était malheureusement absente lors de notre passage

Tags: , , , , , , , , , , ,

4 Responses to “Actions locales pour problème global”

  1. CHAIX Bastien dit :

    Bonjour,
    Je vous contacte car je souhaiterai entrer en contact avec l’ONG les pieds sur terre au sujet d’un projet de volontariat. Cependant je n’arrive pas à les contacter par mail malgré plusieurs essais. Est ce que vous auriez leurs coordonnées (téléphone…) ou un autre mail que celui inscrit sur le site web. Merci d’avance, Bastien

  2. Michelle Roberts dit :

    HI Amandine and Willem,
    It sounds like you’re still in Asia! How is life on the road. Do you miss Lao? WE miss it, but it’s nice to be home in some ways. Good luck with all that you’re doing! Sorry Ic an’t read alt he French, but was thinking about you Amandine, especially because I was looking at some of your old reports from Landscape Mosaics project!
    Have Fun,
    Michelle

  3. Histoires Recyclables dit :

    Merci beaucoup de nous suivre parrain.
    Fais passer nos Histoires autour de toi…

  4. Guy dit :

    BRAVO de vivre cette vie magnifique,
    De la part de ton Parrain Guy.

Votre Commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree